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Carnet de paléobotanique

Les fossiles d'Armissan

Empreintes d'un lac oligocène au pied de la Clape

Sur les traces de P. Tournal, A. Brongniart, P. Gervais et G. de Saporta

  • Les fossiles présentés ou cités proviennent des collections
    du Muséum national d'Histoire naturelle, Paris (MNHN) Photographies de Jocelyn Falconnet & Peter Massicard
    et du Muséum d'Histoire naturelle de Toulouse (MHNT)

Introduction

Les carrières d'Armissan ont livré des dalles calcaires qui se fendent en tables régulières. Sur ces surfaces ont été trouvés entre autres des feuilles entières, des fruits et des ailes de libellules. Leur conservation suppose une eau calme, un sédiment fin et un fond où rien ne vient remuer ce qui se dépose.

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Le village d'Armissan se trouve à huit kilomètres au nord-est de Narbonne, sur la bordure occidentale du massif de la Clape Lespinasse, 1982. Les couches qui portent les empreintes végétales n'appartiennent pas au massif. Elles appartiennent au bassin qui l'entoure, une dépression comblée de sédiments continentaux pendant l'Oligocène.


Le parcours du carnet

L'histoire d'un gisement

1

Les découvreurs

Tournal, Brongniart, Gervais, Saporta. Comment un gisement local devient une référence, et la place qu'il tient dans la pensée de Saporta. Le site tel que le décrivent les témoins du XIXe siècle.

Le lac dans son cadre

2

La formation du lac

Un empilement marin jurassique et crétacé, charrié par la compression pyrénéenne, puis une distension qui fait s'effondrer le compartiment voisin. Le lac s'y installe, se comble, et la mer revient au Miocène.

3

Quand

Oligocène, Rupélien. L'âge des dalles tient à un rongeur, rapporté au niveau MP 23, peut-être MP 22, vers 30,5 Ma; les écarts entre auteurs viennent de ce qu'ils ne datent pas le même niveau.

Ce que disent les feuilles

4

Le climat

Lire un climat dans la forme des feuilles, avec les limites d'un échantillon trié et bref. Subtropical humide, saisonnier par la température, sans mousson; des chiffres avec leur marge d'erreur.

5

La flore et ses ceintures

Trois ceintures de végétation, du plan d'eau aux hauteurs, lues dans la composition de la flore.

Les plantes

6

Les espèces les plus représentées

Quatorze genres photographiés sur des pièces des muséums de Paris et de Toulouse, rangés par milieu: dans l'eau, sur les rives, sur les hauteurs.

7

Les plantes d'aujourd'hui

Quatorze genres fossiles et dix-huit plantes actuelles de comparaison, pour la plupart celles de Saporta.

Ce qui reste

8

La carrière et ce qu'elle a laissé

Comment la pierre a été extraite, et ce que cela a retenu des fossiles. Les galeries sont inondées et effondrées; restent les collections de Paris et de Toulouse.

Les pères de la paléobotanique à Armissan 1828-1865, la naissance d'une discipline sur un gisement de l'Aude

Fondateur de la PréhistoirePAUL GERVAIS(1816-1879)PaléontologueSur les empreintes végétales trouvées à Armissan (Aude) et détails géologiques et paléontologiques sur cette localité, 1863GASTON DE SAPORTA(1823-1895)PAUL TOURNAL(1805-1872)PaléobotanisteEtude des plantes fossiles et des transformations des espèces floristiquesEtudes sur la végétation du Sud-Est de la France à l’époque Tertiaire, 1889Pionnier de la paléobotaniqueEtude des relations entre des espèces de plantes disparues et actuellesNotice sur les plantes d’Armissan près Narbonne, 1828ADOLPHE BRONGNIART(1801-1876)

Histoire des sciences

Quatre hommes se succèdent sur ce gisement entre 1828 et 1865: Paul Tournal qui envoie les premiers échantillons, Adolphe Brongniart (botaniste, professeur au Muséum) qui les publie, Paul Gervais (zoologiste et paléontologue, professeur à la faculté des sciences de Montpellier) qui appelle à l'étude du site en 1861, Gaston de Saporta qui en décrit la flore. C'est chez ce dernier qu'Armissan cesse d'être une liste d'espèces pour devenir un terme dans une série. On suivra sa méthode, son échange avec Charles Darwin de 1868 à 1881, et la manière dont il nomme ce qu'il trouve.

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L'histoire commence par un envoi dont la date est inconnue. Paul Tournal, pharmacien à Narbonne, fait parvenir à Adolphe Brongniart des échantillons ramassés dans les carrières d'Armissan. Ni le lieu de destination ni l'année de l'envoi ne figurent dans les sources consultées; on sait seulement qu'il précède la publication qu'en fera A. Brongniart en 1828 Brongniart, 1828b, la même année que son Prodrome Brongniart, 1828a. Tournal est donc le premier à faire connaître le gisement.

Paul Tournal (1805-1872) publie en 1828 un mémoire sur la constitution du bassin de Narbonne. Parmi les couches lacustres qu'il y décrit figurent celles d'Armissan, « qui contiennent un très-grand nombre d'empreintes de plantes »; c'est par ce travail qu'il entre en relation avec Brongniart Rouville, 1877.
Nous devons à M. Tournal, pharmacien à Narbonne, beaucoup d'échantillons intéressants de plantes fossiles trouvées dans le deuxième terrain d'eau douce d'Armissan, près Narbonne. A. Brongniart, 1828 Brongniart, 1828b

L'expression vient de Tournal. Dans un mémoire imprimé à Montpellier la même année, il distingue un premier terrain d'eau douce, à lignites, exploité à La Caunette et à Bize, et un second, formé de quatre systèmes de couches. Le gisement en occupe le deuxième: « marne calcaire endurcie fissile, avec empreintes de plantes fossiles (Armissan) », sous un « calcaire blanc à tubulures sinueuses » Tournal, 1828.
« Il existe fort peu de terrains dans les environs de Narbonne que l'on puisse rapporter au premier terrain, d'eau douce. Cependant les assises inférieures de la formation gypseuse de Malvezi et l'argile à bitumineuse de Fleury (près la Clape) me semblent avoir avec lui de très-grands rapports. »
Mémoire sur la constitution géognostique du bassin et des environs de Narbonne, Annales des sciences naturelles, t. XV, 1828, p. 31 Tournal, 1828

Un article du journal Le Narbonnais, en 1849, range A. Brongniart parmi les savants qui avaient « fait la course d'Armissan », aux côtés de Marcel de Serres (professeur de géologie-minéralogie à la Faculté des Sciences de Montpellier), de Cordier, de Dufrénoy (géologues et minéralogistes français) et de Léonce Élie de Beaumont (géologue français) Le Narbonnais, 1849. La carrière était une étape européenne: l'article cite treize visiteurs, dont un colonel anglais, un ministre piémontais et l'ambassadeur du roi de Sardaigne.

En 1849, Brongniart cite encore Armissan, par les plantes qui s'y trouvent, dans son tableau des genres de végétaux fossiles Brongniart, 1849, et Raulin (géologue, professeur à la faculté des sciences de Bordeaux) visite la carrière Raulin, 1856. D'Archiac (géologue et paléontologue, historien de la géologie) la décrit en 1857 Archiac, 1857, Noulet (médecin et naturaliste toulousain) date le bassin par ses coquilles en 1858 Noulet, 1878, et Noguès (géologue) en donne la coupe en 1861 Noguès, 1861. Personne ne reprend pour autant l'étude de cette flore. P. Gervais y appelle dans une communication lue en 1861, publiée en 1863 Gervais, 1863.

Il existe à Armissan, près Narbonne, dans le département de l'Aude, un curieux gisement de fossiles tertiaires particulièrement riche en empreintes végétales. P. Gervais, communication de 1861 Gervais, 1863
La flore fossile d'Armissan offre le plus grand intérêt. Il est permis de dire que c'est une des plus complètes et des plus curieuses de l'Europe. P. Tournal, 1868 Tournal, 1868

Saporta, Armissan et le darwinisme

Aix et Armissan sont les deux gisements sur lesquels Saporta a construit sa conception de l'histoire des plantes. Restent à voir ce que ces flores rendaient observable, les idées que Saporta en a tirées, ce que Darwin y a trouvé pour son propre compte, et comment Saporta a nommé ce qu'il décrivait.

Le problème que posaient les flores anciennes

Au Moyen Âge, les fossiles passent pour des jeux de la nature, formés dans la pierre. Au début du XVIIIe siècle, on y voit les restes d'organismes noyés par le Déluge: ils ont alors tous le même âge. À la fin du siècle, on reconnaît que les roches qui les portent n'ont pas toutes le même âge Clement-Westerhof, 1971.

Avec Brongniart, la paléobotanique change de méthode: il classe les plantes fossiles et leur attribue un âge relatif, ce qu'on négligeait avant lui Corsin, in Alpern et al., 1968. Elle ne change pas encore d'interprétation.

Avant 1859, une flore fossile se lit comme un inventaire. On y reconnaît des espèces disparues, et leur succession d'un terrain à l'autre passe, chez beaucoup d'auteurs, pour une suite de créations indépendantes. Cette discontinuité entre les flores anciennes et la végétation actuelle reste inexpliquée, et elle n'avait pas besoin de l'être: chaque époque aurait reçu sa création propre Tassy, 2006.

Armissan complique cette lecture (comme Aix aussi). Saporta y trouve des genres qui ne vivent plus en Europe mais subsistent ailleurs, sous des climats plus chauds. Les genres de cette flore vivent encore, mais ailleurs. La discontinuité devient un effet de la migration et de la transformation des lignées. Ce n'est pas le résultat d'une création nouvelle Saporta, 1865b.

L'ordre des dates

Saporta n'a pas de formation scientifique académique. Il herborise, et vient à la paléobotanique en observant des empreintes végétales dans les plâtrières d'Aix-en-Provence Tassy, 2006. Sa discipline s'est formée sur un autre gisement que celui-ci. Darwin publie L'origine des espèces en 1859. Saporta décrit la flore d'Aix en 1863, celle d'Armissan et de Peyriac en 1865 Saporta, 1865b. Sa méthode y dépasse déjà la détermination: il compare les formes, cherche leurs affinités avec des végétaux d'autres âges, et replace l'association dans la succession des flores tertiaires.

Saporta date lui-même cette prise de conscience. Dans sa lettre de 1868, écrite après la lecture de De la variation des animaux et des plantes sous l'action de la domestication (C. Darwin - 1868), G.de Saporta explique que ses observations sur les plantes fossiles, commencées depuis plus de dix ans, ont progressivement renforcé sa conviction. L'origine de sa réflexion remonte au moins aux environs de 1858, c'est-à-dire avant la parution de L'origine des espèces (C. Darwin - 1859). La lettre de 1868 place donc le début au plus tard en 1858. Un texte publié six ans plus tôt, en 1862, recule encore cette date.

Le témoignage de 1862, avant Aix et Armissan

Cette date tombe entre L'origine des espèces et la publication des flores d'Aix et d'Armissan. Le 1er juillet 1862, l'Académie des sciences entend un extrait des Études sur la végétation du Sud-Est de la France à l'époque tertiaire, rédigé par G. de Saporta et présenté par Adolphe Brongniart en séance Saporta, 1862. Les commissaires sont Brongniart, d'Archiac et Daubrée. Le texte s'ouvre sur le plan.

Tracer l'histoire des changements de la végétation tertiaire à l'aide de plusieurs flores locales situées dans la même contrée, et distribuées de manière à comprendre tous les termes d'une longue série, tel est le plan que j'ai suivi pendant dix années de recherches; tel est aussi l'objet du Mémoire que je présente à l'Académie.
... Dans ces limites, toutes les lacunes se trouvent remplies par une suite de flores reliées les unes aux autres d'une manière intime. G. de Saporta, Comptes rendus de l'Académie des sciences, 1862 Saporta, 1862
Le texte de 1862

Le protocole est posé: plusieurs flores locales, une même région, des niveaux échelonnés. Son ancienneté aussi: dix années de recherches ramènent le début à 1852, sept ans avant L'origine des espèces. La lettre de 1868 allait dans le même sens, avec une borne moins précise.

Aix paraît en 1863, Armissan en 1865: Armissan vient s'ajouter à une série que Saporta avait déjà conçue et exposée.

Il donne d'ailleurs la série entière, en sept termes rangés de bas en haut: le gypse d'Aix, le gypse de Gargas avec la vallée de Sault, Saint-Zacharie, les calcaires du bassin de Marseille, Armissan, les environs de Manosque, les argiles du bassin de Marseille. La période embrassée va de l'âge des Palæotherium à l'horizon des Faluns, soit de l'Éocène supérieur au Miocène dans les termes d'aujourd'hui.

Armissan occupe le cinquième rang, et Saporta signale lui-même l'anomalie géographique: la flore vient s'intercaler là malgré sa position hors de la Provence.
Le critère qui l'emporte est stratigraphique, et l'auteur préfère rompre cette unité géographique qu'il vient de poser plutôt que de perdre un terme de la série.

Dans la phrase citée, « intime » vaut au sens ancien de serrée: les flores se suivent sans intervalle marqué. Cela qualifie des flores, pas des lignées: une succession peut se relier sans qu'aucun terme descende du précédent. Ce qui précède 1859 chez Saporta est un intérêt pour la continuité; ce qui vient après en est une lecture généalogique, la descendance. Le mot intime reviendra sous sa plume vingt-neuf ans plus tard, à propos d'Armissan et de Manosque, quand il écrira que la liaison des formes affines y devient plus intime.

Le mémoire est présenté par Brongniart, celui-là même qui avait décrit les plantes d'Armissan en 1828 d'après les envois de Tournal Brongniart, 1828b.

Un gisement versé dans une série déjà conçue

Armissan n'a pas fait de Saporta un darwinien: sa réflexion sur la continuité des flores précède son adhésion.
C'est pourtant en décrivant ce matériel qu'il en vient à écrire la filiation des espèces, et le gisement compte parmi les terrains d'observation qui ont rendu son cheminement possible.

Les deux textes. Saporta reprend ce texte en 1875, sous une forme abrégée, dans la notice où il expose lui-même ses travaux à l'appui d'une candidature Saporta, 1875. Le texte de 1862 est retenu, celui de 1875 traité comme un témoignage rétrospectif, avec la réserve que ce genre impose: une notice sur les travaux scientifiques est écrite pour présenter une carrière comme un dessein suivi.

L'accueil réservé à Darwin

Pour Tassy, être darwinien au XIXe siècle, c'est d'abord se placer dans le cadre de la descendance avec modification, quel que soit le rôle qu'on prête à la sélection naturelle Tassy, 2006. Saporta proposait lui-même, en 1869, de réserver le mot darwinisme à « la série d'hypothèses à la fois hardies et ingénieuses dont le naturaliste anglais a été si prodigue » Saporta, 1869. Tassy y lit les hypothèses portant sur les mécanismes Tassy, 2006. Saporta admet l'analogie entre la sélection pratiquée par l'homme et la marche de la nature : « nos procédés ne diffèrent pas de ceux de la nature ». Il n'emploie pourtant jamais l'expression de sélection naturelle. La pangenèse, hypothèse de Darwin sur l'hérédité, reçoit de lui un accueil plus réservé : il la juge « ingénieuse », mais elle « laisse l'esprit aussi perplexe après l'avoir écoutée qu'il l'était auparavant », et selon lui l'apport véritable de Darwin est ailleurs, dans la question de l'origine des espèces Saporta, 1869.

Darwin et Saporta : accords et désaccords Les positions ne sont pas contemporaines ; la date de chaque prise de position figure en regard.
Question Statut Darwin Saporta
Filiation des espèces Accord Admise, c'est la thèse de 1859. Admise, et écrite à Darwin en 1868.
Moteur du changement Désaccord La sélection naturelle. Des lois de développement, une marche progressive.
Rôle du climat Désaccord Second. Il agit en favorisant certains concurrents. L'action directe est reconnue, jugée faible, un peu moins faible chez les plantes. 1859 Premier. Les variations de température, d'humidité et d'ensoleillement pénètrent la plante et forcent sa structure. 1885
Vitesse du changement Nuance Graduelle. Il tient au principe natura non facit saltum, la nature ne fait pas de saut, et doute que la rapidité apparente des Angiospermes soit réelle plutôt qu'un effet des lacunes du registre. Deux régimes. Graduelle pour les espèces tertiaires, et c'est ce que Darwin retient de ses flores. Rapide pour l'essor des Angiospermes, qu'il explique par les insectes.
Origine des Angiospermes Accord Mystère non résolu. L'hypothèse des insectes est la seule qu'il retienne en 1879. Insectes et nécessité du croisement, formulée en 1873, transmise en 1877.
La position de Darwin sur le climat est celle de la première édition de L'origine des espèces ; il écrira en 1876 avoir sous-estimé l'action directe du milieu. Celle de Saporta vient du chapitre IX de L'évolution du règne végétal, volume 2, paru en 1885, soit vingt-six ans plus tard et trois ans après la mort de Darwin.

Les historiens des sciences ne s'accordent pas sur ce qu'il faut en conclure. Yvette Conry, qui a édité la correspondance, parle d'une fausse reconnaissance entre les deux hommes et qualifie sa doctrine de malentendu sur Darwin, faute d'avoir compris ses mécanismes Conry, 1972 et 1974. Tassy soutient l'inverse, au motif que le critère du darwinisme au XIXe siècle est la descendance avec modification, non le mécanisme Tassy, 2006.

Ses textes montrent pourtant qu'il connaissait les mécanismes proposés par Darwin. Dans L'école transformiste et ses derniers travaux, paru en 1869 Saporta, 1869, il commente la descendance, la variation, et l'usage de la sélection artificielle comme modèle de la sélection naturelle; il écrit que l'action de l'homme sur les animaux et les plantes n'est qu'une imitation raisonnée des procédés inconscients de la nature Tassy, 2006 Cohen, 2017. Il a compris les concepts darwiniens sans les appliquer dans sa pratique.

Son évolutionnisme a un contenu propre. La succession des flores y forme une série continue, mais l'évolution qu'il décrit est surtout progressive, guidée par des lois calquées sur le développement d'un individu Tassy, 2006. Le milieu, le climat et l'acclimatation y jouent un rôle essentiel.
Cette doctrine explique sa manière de lire un gisement comme Armissan où il voit un état dans une évolution en cours.

Le désaccord avec Darwin porte alors sur un point précis, le rôle du climat. Darwin le traite au chapitre III de L'origine des espèces: le climat agit surtout de façon indirecte, en donnant l'avantage à une espèce sur une autre dans la concurrence. Le froid extrême tue, mais l'effet ordinaire d'un changement climatique est de déplacer un équilibre écologique Darwin, 1859. Saporta soutient l'inverse, bien plus tard, au chapitre IX de L'évolution du règne végétal écrite avec Marion: les variations de température, d'humidité et d'ensoleillement pénètrent la plante et forcent sa structure à se modifier, directement Saporta & Marion, 1885. Le mécanisme, l'action directe du milieu, est celui que Lamarck réservait aux plantes. Rien n'atteste pour autant une filiation revendiquée: Tassy note que les paléontologues évolutionnistes français ne se disaient ni darwiniens ni lamarckiens Tassy, 2006.

Si le climat façonne directement la plante, chaque feuille fossile garde la trace du climat où elle a poussé. Saporta ne procède pas de cette façon: il rapproche chaque feuille, par sa forme, d'une plante actuelle, et tire le climat de celui où vit cette parente. Les méthodes actuelles lisent le climat dans la forme même des feuilles, sans passer par la parenté, à partir de corrélations mesurées dans la végétation d'aujourd'hui Bailey & Sinnott, 1916 Wolfe, 1993.

Saporta admet la filiation des espèces, et il l'écrit.

1868, l'échange avec Darwin

En septembre 1868, il écrit à Darwin, et il expose une conclusion qu'il tire de ses propres travaux.

J'ai surtout insisté dans mes écrits sur la continuité des phénomènes de la vie depuis sa première origine jusqu'à nous. Ainsi, absence complète de créations successives et intermittentes, ce qui conduit nécessairement à admettre la filiation des espèces les unes par les autres. G. de Saporta à C. Darwin, 6 septembre 1868
Darwin Correspondence Project, « Letter no. 6352 »

Darwin répond trois semaines plus tard, et sa réponse montre ce qui les sépare: il connaissait les travaux de Saporta sur les plantes fossiles, il ignorait ses conclusions. Ces deux lettres ouvrent une correspondance qui s'étendra jusqu'en mai 1881, et dont on n'a identifié que treize lettres de Darwin et huit de Saporta, soit vingt et une lettres pour treize ans d'échange Darwin Correspondence Project. L'édition de Conry, en 1972, n'en réunissait que onze: dix lettres de Darwin et une de Saporta. Saporta expose publiquement sa position l'année suivante, dans un article de la Revue des Deux Mondes consacré à l'école transformiste Tassy, 2006.

As I have formerly read with great interest many of your papers on fossil plants you may believe with what high satisfaction I hear that you are a believer in the gradual evolution of Species.
Traduction
Ayant lu autrefois avec un grand intérêt nombre de vos mémoires sur les plantes fossiles, vous pouvez imaginer avec quelle vive satisfaction j'apprends que vous croyez à l'évolution graduelle des espèces.
Traduction Ma Clape.
C. Darwin à G. de Saporta, 24 septembre 1868
Darwin Correspondence Project, « Letter no. 6390 »

De l'objection de Darwin à l'abominable mystère

La correspondance se poursuit, et elle montre où mène cette manière de lire. Le 2 septembre 1876, Saporta soumet à Darwin deux observations tirées de ses travaux récents. La première: le passage graduel des formes tertiaires aux nôtres s'observe sans peine, il vient de le vérifier sur place dans les flores pliocènes des cinérites d'Auvergne. La seconde: l'évolution d'où les Dicotylédones sont sorties au milieu de la craie, au Cénomanien, a dû se faire très rapidement, les grandes familles se constituant promptement, après quoi, vers l'éocène, tout paraît achevé Saporta à Darwin, 1876. Les deux régimes figurent dans le même envoi.

Darwin accueille l'un et doute de l'autre. Il ne croit pas à une apparition réellement brutale des Dicotylédones, et lui préfère une évolution lente, peut-être dans une région restée isolée. Il ajoute une phrase décisive: il a toujours porté le plus vif intérêt aux observations de Saporta sur le changement très graduel des espèces pendant les périodes tertiaires récentes, et il les oppose à la croyance en des changements brusques d'Oswald Heer, botaniste et géologue suisse dont l'œuvre sur les flores fossiles fait alors autorité en Europe Friedman, 2009. Ce que Darwin retient, c'est la série décrite par Saporta. Il ne nomme aucun gisement, et Armissan est l'un de ceux sur lesquels cette série repose.

Dès 1873, dans l'introduction de sa Flore jurassique, Saporta avait remarqué la rareté des insectes suceurs au Jurassique, une absence que Heer avait notée avant lui. Il en tire quatre ans plus tard un engrenage entre l'évolution des insectes et celle des plantes, et il est le premier à proposer un rôle interdépendant des insectes dans l'émergence et la diversification des Angiospermes Friedman, 2009.

Quinze mois après l'objection de Darwin, le 16 décembre 1877, il fournit le mécanisme qui manquait. Le rôle des insectes dans la fécondation, joint à la nécessité du croisement, explique la pauvreté ancienne du règne végétal, réduit aux seules plantes pollinisées par le vent en l'absence de certaines catégories d'insectes.
L'évolution qu'il décrit a deux temps, d'abord lente, puis rapide dans ses effets. Insectes et plantes, écrit-il, ont été à la fois effet et cause par rapport à eux-mêmes: c'est ce qu'on nomme aujourd'hui une coévolution Saporta à Darwin, 1877. Il parle lui aussi d'une rapidité apparente.
La prudence sur ce point n'est pas de Darwin seul. Celui-ci répond huit jours plus tard, le 24 décembre, qu'il tient l'idée pour excellente, s'étonne de ne l'avoir jamais eue, et le presse de publier. Il n'accepte pas tout. Saporta prolongeait l'engrenage jusqu'aux mammifères, dont l'essor suivrait celui des dicotylédones; Darwin objecte qu'il faudrait d'abord prouver que cerfs, vaches et chevaux ne sauraient prospérer en se nourrissant exclusivement de graminées et d'autres monocotylédones pollinisées par le vent, et qu'à sa connaissance aucune preuve de ce genre n'existe Darwin à Saporta, 1877.

Le 22 juillet 1879, Darwin écrit à Hooker la lettre où figure la formule d'abominable mystère. Il y met trois hypothèses côte à côte, et le sort qu'il leur réserve en dit plus que la formule elle-même.

John Ball venait de proposer que les plantes supérieures n'aient d'abord pu vivre qu'en altitude, le gaz carbonique étant trop abondant plus bas. Darwin trouve l'idée hardie, et la juge trop hasardeuse tant qu'on n'aura pas montré par l'expérience que cycadées et fougères tolèrent plus de gaz carbonique que les plantes supérieures. Il rapporte ensuite l'hypothèse de Saporta, l'essor rapide des plantes supérieures dès l'apparition des insectes visiteurs de fleurs, sans y opposer d'objection. Il avance enfin la sienne, un petit continent isolé de l'hémisphère sud qui aurait servi de berceau, et la qualifie aussitôt de conjecture pitoyable.

Trois hypothèses. Celle de Ball reste en suspens tant qu'une expérience ne l'aura pas tranchée, Darwin rejette la sienne, et celle de Saporta est la seule qu'il retienne. C'est aussi la seule explication qu'il ait jamais acceptée pour rendre compte d'une diversification réellement rapide des Angiospermes Friedman, 2009. Il y revient le 6 août 1881.

I have just read Ball's Essay. It is pretty bold. The rapid development as far as we can judge of all the higher plants within recent geological times is an abominable mystery. Certainly it would be a great step if we could believe that the higher plants at first could live only at a high level; but until it is experimentally [proved] that Cycadeae, ferns, etc., can withstand much more carbonic acid than the higher plants, the hypothesis seems to me far too rash. Saporta believes that there was an astonishingly rapid development of the high plants, as soon [as] flower-frequenting insects were developed and favoured intercrossing. I shd like to see this whole problem solved.
I have fancied that perhaps there was during long ages a small isolated continent in the S. hemisphere which served as the birthplace of the higher plants. but this is a wretchedly poor conjecture.
Traduction
Je viens de lire l'essai de Ball. Il est assez hardi. Le développement rapide, autant qu'on puisse en juger, de toutes les plantes supérieures au cours des temps géologiques récents est un abominable mystère. Ce serait certes un grand pas si nous pouvions croire que les plantes supérieures n'ont d'abord pu vivre qu'en altitude; mais tant qu'il n'aura pas été prouvé par l'expérience que les cycadées, les fougères et le reste supportent beaucoup plus de gaz carbonique que les plantes supérieures, l'hypothèse me paraît bien trop hasardeuse. Saporta croit qu'il y a eu un développement étonnamment rapide des plantes supérieures dès que les insectes visiteurs de fleurs se sont développés et ont favorisé le croisement. J'aimerais voir ce problème entièrement résolu.
Je me suis figuré qu'il y avait peut-être eu, pendant de longs âges, un petit continent isolé dans l'hémisphère sud qui aurait servi de berceau aux plantes supérieures, mais c'est une conjecture pitoyable.
Traduction Ma Clape.
C. Darwin à J. D. Hooker, 22 juillet 1879
Darwin Correspondence Project, « Letter no. 12167 »

Darwin écrit que le développement des plantes supérieures est rapide autant qu'on puisse en juger. Il ne tient pas la rapidité pour acquise: elle pourrait n'être qu'un effet des lacunes du registre fossile. Le mystère porte moins sur les plantes à fleurs que sur les vitesses d'évolution, et sur ce qu'un naturaliste attaché au principe selon lequel la nature ne fait pas de saut peut admettre comme changement rapide.

Deux ans plus tard, la réserve n'a pas bougé. Le 6 août 1881, écrivant à Hooker qui prépare une conférence, Darwin dit que rien dans l'histoire du règne végétal ne lui paraît plus extraordinaire que le développement apparemment très soudain, ou brusque, des plantes supérieures. Le mot est le même qu'en 1879, et c'est aussi celui de Saporta en 1877: apparemment. La prudence est partagée. Le désaccord porte sur ce qu'on peut en tirer. Il rappelle sa propre conjecture, un continent resté longtemps isolé, peut-être près du pôle Sud, et la donne pour une spéculation. Puis il revient à Saporta, dont il se dit vivement intéressé par la vue exposée quelques années plus tôt, longuement, en manuscrit, et qu'il l'avait pressé de publier: dès que se développent les insectes visiteurs de fleurs, dans la seconde partie des temps secondaires, une impulsion considérable est donnée aux plantes supérieures, le croisement se trouvant d'un coup favorisé Darwin à Hooker, 1881. Des trois hypothèses de 1879, deux reparaissent en 1881, et il n'en retient qu'une.

Armissan dans les Périodes végétales

Dans Les périodes végétales de l'époque tertiaire, série parue en 1877, Saporta signale Armissan à part, non seulement à cause de sa richesse exceptionnelle, mais parce qu'elle opère visiblement la transition de l'oligocène au miocène inférieur ou aquitanien Saporta, 1877. L'attribution stratigraphique est abandonnée depuis, la formule est restée.
Chez Saporta, Armissan vaut désormais comme une étape de transition entre deux époques.

La comparaison repose sur Aix, dont le gisement occupe les calcaires et marnes à gypse, rapportés au Chattien terminal par les faunes de mammifères et de mollusques Tanrattana et al., 2020. Saporta y décrit 459 espèces au fil de quatre publications échelonnées de 1863 à 1888. La flore mêle des conifères, Pinus, Callitris, Podocarpus, des palmiers, des Lauracées, des figuiers, des chênes à feuilles dures, et des genres aujourd'hui méridionaux, Dracaena, Zizyphus, Rhus. C'est le gisement qu'il connaît le mieux, et le plus depuis longtemps.

Aix et Armissan appartiennent à deux moments de l'Oligocène, le Rupélien et le Chattien terminal, dans deux bassins distincts du Midi. Les milieux diffèrent: calcaire lacustre à Armissan, calcaires et marnes à gypse à Aix, que l'analyse de 2020 range entre lagune de plaine côtière et lac Tanrattana et al., 2020.

Les climats aussi: environ trois degrés de moyenne annuelle séparent les deux, Aix ressortant plus chaud et plus humide. Cet écart a été calculé. Rien ne garantit qu'il soit réel. La différence entre les deux gisements avait déjà été affirmée sur les fossiles eux-mêmes: dès 1862, Matheron (géologue et paléontologue marseillais) écrit en note que les plantes, les insectes et les poissons d'Armissan diffèrent complètement de ceux qui avoisinent les gypses d'Aix Matheron, 1862, et Calmet la reprendra en 1930 Calmet, 1930. Les auteurs signalent que la flore d'Aix mélange peut-être plusieurs ceintures de végétation, six groupes ayant été distingués par la palynologie, et que la présence d'éléments de forêt de plaine de climat chaud pourrait tirer le résultat vers un climat plus humide.

C'est de là que vient l'observation d'un changement graduel des espèces au Tertiaire, celle-là même que Darwin opposait au saltationnisme. Il faut deux flores pour qu'un changement devienne perceptible.

Un troisième terme s'ajoute à la fin de sa carrière. En 1891, décrivant la végétation du niveau aquitanien de Manosque, Saporta ouvre une section sur les mêmes groupes dans la flore d'Armissan. La flore d'Armissan, écrit-il, touche presque à celle de Manosque; les espèces communes tendent à se multiplier et la liaison des formes affines devient plus intime Saporta, 1891. Dans sa chronologie, Armissan occupe le milieu, entre les gypses d'Aix qu'il rapporte à l'éocène supérieur et le niveau aquitanien de Manosque. Dans la chronologie actuelle, il est le plus ancien des trois: rupélien, quand Aix est chattien Tanrattana et al., 2020.

La lecture fine d'un assemblage, jusqu'à la saison de dépôt qu'il prétend déterminer par la floraison et la dispersion des graines, traite une flore comme une communauté vivante et non comme une liste.

La nomenclature de Saporta et ses types

Nommer une plante fossile n'est pas nommer une plante vivante. Une feuille, un fruit et un fragment de bois arrivent dans la dalle séparés les uns des autres, et rien n'indique qu'ils viennent du même arbre. Saporta nomme ce qu'il a sous les yeux, organe par organe. Quand une forme ne se rattache à aucune plante actuelle, il crée un genre pour elle: un acte de taxinomie fondé sur un organe isolé. Anoectomeria, établi en 1865 sur des fruits d'Armissan, est de ceux-là.

En nomenclature, un nom d'espèce est attaché à une pièce physique conservée dans une collection, que tout chercheur peut aller revoir: le spécimen type. C'est lui qui tranche les désaccords. Deux auteurs qui discutent de ce qu'est Anoectomeria brongniartii vont regarder la même pierre.

Saporta ne désigne presque jamais cette pièce. L'usage ne l'imposait pas encore de son temps. Trois situations en découlent.

Trois manières d'ancrer un nom Le statut de la pièce dépend de ce que l'auteur a fait au moment de la description, pas de ce qu'il a écrit.
Ce que fait l'auteur Statut de la pièce Ce qu'il reste à faire
Il décrit sur un seul exemplaire Holotype, par le seul fait d'être seul Rien: le nom a d'emblée son ancrage
Il décrit sur plusieurs exemplaires sans en distinguer aucun Syntypes: tous portent le nom ensemble Un réviseur devra en choisir un
Un réviseur choisit dans la série Lectotype: la pièce retenue Rien: la révision publiée fait foi

Le premier cas est le plus courant chez lui, et les collections du Muséum conservent cinq de ces holotypes pour Armissan MNHN, collections. Le deuxième se lit sur Anoectomeria, décrit en 1865 sur quatre exemplaires sans qu'aucun soit distingué. Il a fallu attendre 2013 pour qu'un lectotype soit désigné, et la même révision a fait rentrer ces fruits dans le genre Nymphaea, celui des nénuphars vivants, le genre Anoectomeria disparaissant Butzmann & Fischer, 2013. Le détail de cette révision est repris plus loin, avec les pièces (voir la fiche Anoectomeria). Saporta crée aussi Sabalites en 1865 pour des feuilles de palmier, et y recombine une épithète publiée par Unger sous un autre genre Read & Hickey, 1972. Deux fois le même procédé: un genre de forme pour un organe isolé, et une épithète empruntée, à Caspary dans un cas, à Unger dans l'autre.

à retenir

Armissan a donné à Saporta une flore à décrire. Il en a tiré une méthode: lire le temps dans la succession des flores, dans les plantes qui apparaissent et celles qui disparaissent. Cette méthode l’a conduit, dans sa correspondance avec Darwin, à la question de l’essor rapide des plantes à fleurs, l’« abominable mystère » de Darwin. Saporta y répondait par le rôle des insectes pollinisateurs

Témoignages

Deux descriptions du village et de ses carrières, écrites pendant l'exploitation par Saporta, qui les a vues. D'autres observateurs décrivent le même relief dans les mêmes années; ses deux passages sont les plus développés. Un cliché aérien de 1962 les complète: il porte encore le relief que les textes décrivent.

Le site d'Armissan au XIXe siècle

Les deux passages cités plus bas viennent du même auteur et de la même année. Ils sont contemporains de l'exploitation, et ils portent sur le paysage autour du village autant que sur les carrières. Ils restent brefs.
Tournal cite le lieu en passant dans une notice qui couvre tout le département. Les géologues des années 1850 et 1860 décrivent ensuite la colline et ses couches: Raulin en 1856, d'Archiac en 1857, et Noguès, qui relève en 1861 la coupe complète de la carrière, avec l'épaisseur de chaque couche et celle de l'assise exploitée, 28 centimètres Noguès, 1861. Saporta, lui, a décrit la succession lit par lit, mais dans un mémoire de botanique où la stratigraphie tient en quelques lignes au milieu de la flore.
Carbou (médecin) et Chartier réunissent ces éléments en 1892, au retour d'une excursion dans les galeries en activité: division en bancs et en lits, contenu fossile de chaque intervalle, ce dernier point explicitement repris de Saporta Carbou & Chartier, 1892.
Calmet les reprendra en 1930. Saporta avait publié l'information; il ne l'avait pas mise en avant, et elle a circulé sous le nom de ses relayeurs.
Deux témoignages donnent malgré tout l'essentiel de la position du gisement dans la série. Les dalles à empreintes forment un banc calcaire dur, et ce banc n'est pas le sommet de la pile: d'autres couches reposent dessus, jusqu'à des poudingues qui terminent la série. La sédimentation ne s'est pas arrêtée avec le gisement. Le détail de cette succession, du substrat crétacé jusqu'aux grès marins du Miocène, est donné plus loin, avec le remplissage.

Armissan est un petit village situé à quelque distance (7 à 8 kilomètres) et à l'est de Narbonne. Des assises calcaires d'un gris bleuâtre, d'un grain très-dur, susceptibles de recevoir un beau poli et de se diviser en tables d'une épaisseur constante, viennent affleurer dans le fond de la vallée semi-circulaire où s'élève le village. G. de Saporta, 1865 Saporta, 1865b
Autour même du village d'Armissan, deux mamelons escarpés, l'un à l'est, l'autre au nord, continuent la série tertiaire, et développent une suite de couches qui s'appuient inférieurement sur les lits à empreintes végétales, pour se terminer par des poudingues et des argiles qui leur servent de couronnement. G. de Saporta, 1865 Saporta, 1865b

Saporta décrit une série qui commence par les lits à empreintes et se termine par des poudingues, c'est-à-dire par des galets. La conclusion est celle d'un lac qui se comble et qui finit par recevoir des cailloux, et Saporta décrit ainsi la fin de l'histoire sans en avoir le mécanisme.

Le site et les carrières, reportés sur un cliché de 1962
1 2 3 Pech Luna, 96 m Combe Louvière, pech à 121 m Armissan Pech Cabanel, 63 m

Cliché vertical du 20 décembre 1962, mission C2942-0131, numéro 1033, Institut géographique national. Le fond photographique sert de support aux descriptions anciennes, qui ne comportent ni levé ni coordonnées. Le choix de cette date tient à ce que l'emprise du village y est encore proche de celle que décrivent les textes, et les extensions postérieures ne recouvrent pas encore le finage.

Ce que le cliché montre: le contraste entre les parcelles claires du finage et les versants sombres non cultivés donne la limite du massif, qui ferme l'horizon au nord et à l'est. Au nord, les deux mamelons se succèdent, le Pech Cabanel d'abord, à 63 m, puis le Pech Luna derrière lui. Les quatre repères de relief sont pointés sur l'image.

Ce que les textes ajoutent: la vallée semi-circulaire et les deux mamelons, l'un à l'est, l'autre au nord, viennent de Saporta Saporta, 1865b. La position du village au pied de la Clape, avec la plaine ouverte du seul côté de Narbonne, et la répartition des trois carrières, une au sud et deux au nord très voisines l'une de l'autre, viennent de Calmet Calmet, 1930. Une mention plus ancienne conforte le repère du sud: en 1857, d'Archiac situe l'extraction au fond de la vallée, au sud du village, et la dit immémoriale Archiac, 1857; il corrige sur ce point Raulin, qui la plaçait au sud-est Raulin, 1856. Aucune source de cette date ne mentionne les deux carrières du nord. Le repère du nord, lui, s'appuie sur le cadastre napoléonien: les parcelles 450, 482 et 483, dont le tréfonds est acheté en 1858 et 1862 par les exploitants, s'y trouvent au pied est du Pech Cabanel Sirey, 1889. Les couches plongent vers le nord-ouest et vers l'ouest, d'après Carbou et Chartier Carbou & Chartier, 1892; ce pendage ne se lit pas sur une vue verticale.

Les carrières ne sont plus lisibles sur le cliché de 1962. Les cercles en pointillé donnent la position approchée déduite des textes; leur numérotation suit la liste ci-dessous, et l'ordre des deux carrières du nord repose sur leur distance au village, la première étant la plus proche. Les carrés verts portent les orifices de l'inventaire national des cavités souterraines, qui en recense cinq sur la commune, relevés par le BRGM le 30 novembre 2005 avec la mention orifice visible, une position approximative, à 30 m près. Trois ont été rapprochés des carrières décrites, les deux autres restent sans attribution. Ce rapprochement est une lecture, non une donnée de l'inventaire. Les exploitants ont changé au fil du siècle; ils sont donnés, date par date, avec la carrière.

  • 1. Carrière du sud. Orifice LROAA0004489, au lieu-dit Les Pujols.
  • 2. Première carrière du nord, en venant du village. Orifice LROAA0004486.
  • 3. Seconde carrière du nord, très voisine de la première. Orifice LROAA0004485.

Ce que les carrières livraient, comment on y travaillait et ce que ce mode d'extraction a retenu ou écarté sont traités plus loin, avec la carrière.

La formation du lac d'Armissan Un compartiment qui s'affaisse, une eau douce qui le remplit

Pour qu'un gisement de feuilles se forme, il faut des arbres, et surtout un endroit où leurs feuilles puissent tomber et rester intactes.

Le substrat, avant le lac

Au Jurassique et au Crétacé inférieur

Le massif de la Clape est un empilement de calcaires marins déposés au Jurassique et au Crétacé inférieur, sur une épaisseur considérable Fauré, 2026. Le sondage pétrolier de 1955, La Clape 1, à Pech Redon, en donne la mesure: 1287 mètres de Crétacé inférieur, puis du Jurassique jusqu'à 1 975 mètres, sans que la base soit atteinte BRGM, sondage La Clape 1, 1955. Ces roches se sont formées sur une plate-forme peu profonde, chaude, peuplée de rudistes et de coraux. Rien de continental: à ce stade, l'endroit est un fond de mer.

À l'Éocène

À l'Éocène, la compression pyrénéenne déplace ces masses. La nappe des Corbières orientales est charriée vers le nord-ouest sur une vingtaine de kilomètres Lespinasse, 1982. Le terme de cette déformation est daté: elle cesse vers 34 millions d'années, à la limite Éocène-Oligocène, sur le versant nord de la chaîne Parizot et al., 2023. Le résultat est un relief structuré, avec des zones hautes et des zones basses. La Clape en sort comme un horst, un bloc calcaire relevé entre des failles. Quatre millions d'années séparent ensuite cet arrêt du début de la distension.

Ce que la compression laisse derrière elle

Un pays déformé, sans bassin. Les dépôts qui vont piéger la flore d'Armissan ne sont pas encore possibles: il faut d'abord que le régime tectonique change de signe, et que la région cesse d'être comprimée pour être étirée.

L'effondrement: un demi-graben

L'Eurasie occidentale à l'Oligocène inférieur

Paléogéographie au Rupélien, terres émergées et domaines marins

Paléogéographie de l'Eurasie occidentale au Rupélien: archipel d'îles et de péninsules, mers épicontinentales sur des régions aujourd'hui émergées
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© MNHN

La carte donne la mesure de l'écart avec la géographie actuelle. Les terres émergées d'Europe occidentale forment un ensemble d'îles et de péninsules, et la mer occupe des régions aujourd'hui continentales. C'est dans ce monde morcelé, et sur une terre encore haute là où s'ouvrira le golfe, que se creuse le fossé (bassin) de Narbonne-Sigean.

À l'Oligocène

Le changement intervient à l'Oligocène. À l'emplacement du golfe du Lion actuel se dresse alors un massif montagneux, qui relie les Pyrénées aux chaînons provençaux Fauré, 2026. Cette chaîne ne s'effondre pas d'un coup: un bombement thermique profond précède le rifting et maintient la région en position haute Parizot et al., 2023 Bache, 2008. Puis, au Rupélien, la chaîne cède le long de grandes failles nord-est / sud-ouest. C'est la distension: la croûte s'étire, des failles normales découpent des compartiments, certains s'affaissent. La notice de la carte géologique de Narbonne pose la séquence sans ambiguïté: après la mise en place de la nappe des Corbières, une période de distension permet l'installation du bassin laguno-lacustre de Narbonne-Sigean Lespinasse, 1982.

Le fossé de Narbonne n'est pas un cas isolé. Deux autres du même type bordent la future côte, à Montpellier et à Sérignan. Tous trois sont des fossés syn-rift: leurs couches se sont déposées pendant que leur fond s'affaissait Guennoc et al., 2000.

Sur la partie à terre du Languedoc, les failles qui bordent les fossés ne recoupent pas la croûte profonde: elles se décollent dans les évaporites et les argiles du Trias, et l'extension y reste de l'ordre de quelques kilomètres. La rupture continentale n'intervient qu'une dizaine de millions d'années plus tard Séranne, 1999. Le lac est contemporain du début de l'étirement, non de son terme.

Le fossé ne s'ouvre pas sur des cassures neuves. Pendant la compression pyrénéenne, des blocs de roche avaient été poussés les uns sur les autres le long de grandes failles inclinées; l'étirement oligocène reprend ces mêmes failles, et les blocs y glissent à contresens, vers le bas. Ce mécanisme est assez net ici pour que le fossé de Narbonne-Sigean ait servi de cas type pour décrire l'inversion négative Gorini et al., 1991 Mauffret et al., 2001. La notice géologique de Narbonne le constate sans employer le terme: la zone qui s'enfonce recouvre en partie celle que la compression avait déformée Lespinasse, 1982. La cuvette où se déposeront les feuilles n'apparaît pas au hasard de l'étirement: elle occupe un couloir dont le tracé était fixé depuis la compression éocène.

De la compression à l'effondrement

Coupe schématique ouest-est, de Fontfroide à la Clape, en trois étapes

Ouest Est Compression: les blocs montent les uns sur les autres Fontfroide la Clape CrétacéJurassiquefaille inversechevauchementTrias: argiles et évaporites, niveau de décollementsocle paléozoïque Oligocène (remplissage)CrétacéJurassiqueTriasSocle paléozoïqueFaille
Schéma sans échelle. La coupe traverse le fossé; celui-ci s'allonge perpendiculairement au dessin, sur au moins 25 kilomètres. Les figurés sont légendés sous la coupe. Les demi-flèches indiquent le sens du déplacement de part et d'autre de la faille: inverse à l'étape 1, normal à l'étape 3. La faille tracée en trait plein est la même aux étapes 1 et 3: poussée vers le haut par la compression, elle rejoue vers le bas pendant l'étirement. Géométrie d'après la coupe de Gorini et al., 1991, reproduite par Fleury et al., 2020; fin de la compression vers 34 Ma d'après Parizot et al., 2023. La date de l'étape 3 n'est pas connue pour le fossé de Narbonne: le lac est antérieur aux dalles, placées vers 30,5 Ma, et les couches qui les portent sont plus anciennes encore; le rifting du golfe du Lion ne commence qu'entre 30 et 28 Ma Séranne, 1999, ce qui laisse ouverte une ouverture plus précoce du fossé.
Bassin. Le mot désigne ici une cuvette continentale en cours d'affaissement. Armissan est un dépôt lacustre Tanrattana et al., 2020, installé dans un fossé occupé par des marécages et des lacs d'eau douce Fauré, 2026.

La géométrie du bassin est celle d'un demi-graben basculé vers le nord-ouest, encaissé entre deux reliefs: le massif de Fontfroide à l'ouest, le horst de la Clape à l'est Lespinasse, 1982. Le fossé s'allonge du nord-nord-est au sud-sud-ouest, depuis le nord de Narbonne jusqu'à l'étang de Sigean, sur au moins 25 kilomètres pour 10 à 15 de large Fleury et al., 2020. Un demi-graben n'est pas symétrique. Une seule de ses bordures porte la faille principale, et le compartiment bascule vers elle: le remplissage est épais de ce côté, mince de l'autre, où les couches viennent buter contre le relief. Armissan se trouve de ce second côté, contre la Clape.

Le compartiment s'affaisse entre deux reliefs, plus vite qu'il ne se comble. Une cuvette fermée se creuse ainsi, et l'eau douce des versants s'y rassemble. L'état des feuilles renseigne mieux que la structure sur ce que fut ce plan d'eau.

Le remplissage et la place d'Armissan

Le fossé de Narbonne-Sigean forme une gouttière orientée du nord-nord-est au sud-sud-ouest, longue de quarante kilomètres, de Roquefort-des-Corbières à Béziers, et large de huit à quinze. Les Corbières le bordent au sud et au sud-ouest, la Clape à l'est. Au nord et au nord-ouest, les sédiments miocènes du bassin de Béziers le recouvrent; au sud-est, il s'enfonce sous la mer à hauteur de Port-la-Nouvelle Eulry, 1987.

Le dépôt lacustre ne se limite pas au village. Il s'appuie contre le massif crétacé de la Clape, en discordance selon Noguès Noguès, 1861, parallèlement à ses couches selon d'Archiac Archiac, 1857, puis s'enfonce vers le nord-ouest sous la plaine de Narbonne. On le retrouve au sud, le long des étangs de Bages et de Sigean, à Peyriac-de-Mer et près de l'étang du Doul, jusqu'au pied des collines de Sigean. Mais il n'est exploitable qu'à Armissan: là seulement le calcaire a pris un grain et une dureté suffisants pour la construction Carbou & Chartier, 1892. Le gisement doit ainsi son existence à une qualité de la roche, non à une exception de la flore. Ailleurs, les empreintes n'ont pas manqué: Saporta décrit aussi une flore à Peyriac-de-Mer Saporta, 1865b. Mais le cœur du fossé reste invisible, recouvert par les dépôts miocènes et plio-quaternaires; seules ses bordures affleurent Fleury et al., 2020.

Un bassin qui s'affaisse reçoit deux types de matériel. Les reliefs qui le bordent fournissent des poudingues et des brèches, déposés en cônes au pied des pentes. Le centre, plus calme, reçoit des marnes et des calcaires lacustres. Les deux ensembles passent latéralement l'un à l'autre Lespinasse, 1982.

Un rapport du BRGM distingue dans ce remplissage trois ensembles. À la base, des marnes, des conglomérats et des calcaires lacustres, avec plusieurs niveaux de gypse. Au-dessus, l'unité des calcaires de Sigean, alternance monotone de bancs calcaires et de marnes claires; le rapport y rattache les calcaires qui surmontent les marnes ligniteuses et gypseuses de la bordure nord-est, dans le secteur d'Armissan, de Fleury et de Nissan-Lespignan. Enfin, des argiles et des conglomérats rouges recouvrent les deux premiers en discordance et affleurent en bordure de la Clape, entre Gruissan et Nissan Eulry, 1987. Le rapport date ces unités dans l'échelle de son époque, du Stampien supérieur à l'Aquitanien. Ce découpage ne remplace pas la datation par le rongeur, présentée plus loin.

Sur les bordures du fossé, l'épaisseur des dépôts tertiaires affleurants est estimée à environ 500 mètres, auxquels s'ajoutent 360 mètres de marnes inférieures traversées par un sondage à Lespignan Lespinasse, 1982. L'ordre de grandeur est celui d'une dépression comblée sur plusieurs millions d'années. Il faut pourtant garder la mesure: comparés au graben central du golfe du Lion, les fossés restés à terre sont dans l'ensemble peu profonds et leurs dépôts syn-rift sont réduits, faute d'un enracinement profond des failles qui les commandent Guennoc et al., 2000. Ces dépôts sont essentiellement continentaux, détritiques ou évaporitiques, localement carbonatés: la description vaut trait pour trait pour Armissan.

Une seconde limite tient à la série elle-même. Le remplissage de Narbonne-Sigean, lacustre et saumâtre, ne fournit pas de bons niveaux repères, et les faciès y changent latéralement très vite Bache, 2008. Une couche suivie sur quelques kilomètres n'est pas pour autant une couche datée.

Cette succession confirme l'observation de Saporta, les lits à empreintes étant bien pris dans une série qui continue au-dessus d'eux. Elle éclaire aussi ce qui les précède, puisque les lignites situés en dessous supposent des marais et une matière organique abondante, donc un milieu où l'oxygène manquait par moments. Cette condition a rendu la conservation possible.

Pourquoi les dalles sont visibles

La carte géologique le montre par l'ordre des affleurements: en partant du cœur crétacé de la Clape et en allant vers le nord-ouest, on rencontre successivement le Rupélien-Chattien, puis l'Aquitanien, puis le Burdigalien-Langhien Fauré, 2026. Les terrains rajeunissent en s'éloignant du massif. C'est la disposition attendue sur une charnière: chaque couche s'étend un peu plus loin que la précédente sur un fond qui s'enfonce du côté opposé. Les dalles à empreintes appartiennent à la première de ces bandes, la plus proche du relief.

Le Rupélien-Chattien ne longe pas le massif en ruban régulier: il enveloppe Armissan à l'ouest et au nord, et le village se tient dans l'échancrure Fauré, 2026. La tentation serait d'y voir une anse du lac, abritée, qui expliquerait la finesse du dépôt. La carte géologique détrompe.

Le centre de cette échancrure ne porte pas d'Oligocène. Le Mayral y coule sur ses propres alluvions récentes, que bordent au nord et au sud des alluvions plus anciennes.
C'est une vallée quaternaire, creusée par ce ruisseau dans le remplissage du bassin. Le creux visible aujourd'hui résulte de l'érosion; il ne dessine pas l'ancien rivage. L'œil cherche spontanément dans le relief actuel la forme de l'ancien plan d'eau; ici ce relief est plus jeune que le lac d'environ vingt-cinq millions d'années. L'étendue de l'eau reste inconnue.

Sans l'incision du Mayral, les dalles à empreintes seraient restées sous les calcaires blancs qui les recouvrent, et personne n'aurait rien ramassé. Le ruisseau a dégagé les couches sur les deux flancs de sa vallée; les carrières ont exploité ce que l'érosion avait rendu accessible. Saporta décrit cette situation sans en nommer la cause: la vallée semi-circulaire et les deux mamelons escarpés cités plus haut sont la vallée du Mayral et les reliefs qui la bordent Saporta, 1865b.

Le gisement doit son existence à un lac oligocène et son accessibilité à un ruisseau quaternaire, deux événements séparés par plus de vingt millions d'années. Confondre les deux conduit à lire la géographie actuelle comme un paléopaysage oligocène. Une source ancienne décrit pourtant cette rive: d'Archiac tient les dalles pour un dépôt littoral et donne le bord du lac pour un rivage rocheux crétacé, s'élevant de quelques dizaines de mètres seulement au-dessus du plan d'eau Archiac, 1857. L'estimation est de terrain, et il l'assortit lui-même d'un « sans doute ».

Où passe la faille bordière

De quel côté? À l'ouest. Aucune carte de détail ne trace cette faille, parce que le contact est enfoui sous les dépôts récents de la plaine, mais la seule étude structurale du fossé, reprise par le BRGM, en donne l'enracinement: les failles normales qui bordent le fossé à l'ouest s'enracinent dans le même niveau triasique Fleury et al., 2020. Une contrainte de forage existe du côté qui nous intéresse: le massif de la Clape est bordé au nord-ouest par une faille subverticale, reconnue par le sondage profond de Lespignan Khaska et al., 2013, d'après la notice de la carte. Cette faille limite le massif; rien ne dit qu'elle porte le rejet principal du fossé. Le dépocentre se trouverait à peu près au droit de Coursan. Le remplissage y dépasserait 1 500 mètres d'après Gorini, repris par le BRGM Gorini et al., 1991 Fleury et al., 2020. Khaska en donne 500 mètres Khaska et al., 2013. Aucun sondage n'a atteint la base. La remarque est ancienne: en 1862, Matheron note que les termes inférieurs de la série d'Aix manquent entièrement à Armissan, Sigean, Portel et Peyriac, et il hésite entre deux explications, un remplissage commencé plus tard ou des couches situées sous la ligne des affleurements connus Matheron, 1862. Cent soixante ans plus tard, la question n'est pas tranchée. Armissan occupe la bordure opposée, celle de la charnière, où les couches se raccordent au relief.

Le réseau de failles du massif confirme ce sens par une autre voie. Le relevé du BRGM compte 331 failles pour la seule Clape, de direction moyenne N57°E BRGM, carte harmonisée de l'Aude. Des failles est-nord-est s'accompagnent d'un étirement perpendiculaire, donc de blocs qui basculent vers le nord-ouest. Sur ce relevé, la faille cartographiée la plus proche passe à 2,5 kilomètres au sud du gisement, et aucune ne le traverse.

Les failles autour d'Armissan, d'après le relevé du BRGM
ARMISSANNfaillescontours de formations

Couches S_FGEOL et L_STRUCT de la carte géologique harmonisée de l'Aude, géométrie simplifiée pour l'affichage BRGM, carte harmonisée de l'Aude. Même source et même traitement que la planche du carnet consacré à l'anatomie souterraine de la Clape. Les contours gris sont ceux des formations, sans distinction d'âge: la couche n'en porte pas la couleur.

La notice donne les assises oligocènes du nord-est du bassin pour plaquées sur les pentes de la Clape et assez fortement redressées Lespinasse, 1982, alors qu'une charnière appelle une pente douce. Les mesures convergent: quinze degrés vers l'ouest 30° nord sur la colline à l'ouest du village Raulin, 1856, quinze à vingt degrés à l'échelle des collines entières, avec un plongement le plus souvent nord-ouest Archiac, 1857, environ vingt degrés en 1849, sans direction Le Narbonnais, 1849. On peut retenir un pendage de quinze à vingt degrés. Les carriers donnent une valeur un peu plus faible, vingt-cinq centimètres par mètre, soit quatorze degrés, mais ils mesurent la pente de leurs galeries et non le banc lui-même Carbou & Chartier, 1892. Le sens est acquis: les couches plongent à l'opposé du massif, comme l'exige le basculement.

Une couche déposée à plat ne se redresse pas seule, et l'hypothèse d'un dépôt sur pente a été écartée tôt: d'Archiac observe que la régularité et le parallélisme des lits les plus minces exigent un dépôt sur plan horizontal Archiac, 1857. Les travaux récents placent ces dépôts dans un dispositif en blocs basculés Fauré, 2026. La sismique transverse au fossé fait de la Clape elle-même un anticlinal de type roll-over, né de l'extension Rouvier et al., 2012, d'après Gorini et ses coauteurs. Cette extension se poursuit jusqu'à l'Aquitanien, bien après le dépôt des dalles Rouvier et al., 2012. Les couches d'Armissan, sur le flanc ouest du pli, en auraient pris le pendage. Le paléomagnétisme de la Clape va dans le même sens. Certaines roches gardent l'orientation du champ magnétique terrestre de l'époque où elles se sont aimantées, comme une boussole figée. Dans la Clape, cette boussole, acquise à l'Éocène, plonge plus que prévu pour cette époque; l'écart est compatible avec un basculement lors de l'extension oligo-miocène Rouvier et al., 2012. D'Archiac rapportait le relèvement à un bombement postérieur du massif; son explication précède la théorie des rifts. Aucune étude ne mesure pourtant le basculement à Armissan même, ni la part acquise pendant le dépôt. La position du creux est acquise; l'origine du redressement est probable, sa chronologie ne l'est pas.

La faille bordière n'a jamais été relevée en détail. Sa position se déduit du basculement et du rajeunissement des terrains vers la plaine. Une ligne sismique existe à terre, 87LS01, de Coursan vers la Clape: elle donne la géométrie d'ensemble du fossé, non la position d'un accident sous le village Fleury et al., 2020.

Pourquoi ces feuilles sont conservées

Ce qui suit ne découle pas d'une étude taphonomique menée sur Armissan, qui n'existe pas à notre connaissance, mais de l'application au gisement de principes généraux. Une feuille tombée sur un sol forestier disparaît en une saison: bactéries, champignons et invertébrés la consomment, le piétinement la réduit. Pour qu'elle devienne un fossile, il faut interrompre cette chaîne.

  • Un transport court. La forêt bordait le plan d'eau. Une feuille qui tombe dans l'eau à quelques mètres de l'arbre n'a pas le temps de se déchirer. C'est ce que montre l'état des échantillons: des limbes entiers, des rameaux avec leurs feuilles attachées. Viguier note pourtant sur certaines feuilles des déchirures très nettes, signe qu'elles ont séché longtemps à l'air avant d'être entraînées par les eaux; les rares empreintes prises dans l'épaisseur même d'une dalle y semblent brusquement empâtées dans une masse encore meuble Viguier, 1891.
  • Un fond calme. La finesse du sédiment et la régularité du débit en tables indiquent un dépôt lent, sans courant de fond. La sédimentologie retenue pour Armissan est celle de calcaires marneux en milieu lacustre Tanrattana et al., 2020.
  • Un fond pauvre en oxygène. Les niveaux ligniteux sous-jacents attestent une accumulation de matière organique non dégradée. Un sondage ancien de 47 mètres a constaté une douzaine de couches de lignite; un second, poussé à 100 mètres, aurait rencontré sur toute sa hauteur des lits alternants de marnes et de lignites Carbou & Chartier, 1892. Dans ces conditions, la faune fouisseuse est absente et le sédiment n'est pas remanié. La matière organique est encore là: les visiteurs de 1891 signalent l'odeur bitumineuse qui s'exhale des surfaces fraîchement séparées.
  • Une minéralisation. Un observateur de 1849 décrit le procédé en deux phrases: les tissus ligneux ont été carbonisés, transformés en lignite, tandis que ce qu'il appelle le tissu herbacé des feuilles, les tissus non lignifiés, a été remplacé par de l'oxyde ou du sulfure de fer Le Narbonnais, 1849. L'expérience a depuis corrigé le mot de remplacement. Grimes et ses coauteurs ont reproduit la pyritisation végétale en laboratoire: le minéral ne prend pas la place de la matière organique, il se dépose sur les parois cellulaires et dans les espaces entre elles, imprègne la paroi et croît dans les vides remplis de fluide. À mesure que la décomposition libère de la place, la pyrite y cristallise et finit par produire un moulage de l'objet, altérations de la décomposition comprises Grimes et al., 2001. C'est ce qui rend visibles jusqu'aux plus petites nervures, et au-delà: les visiteurs de 1891 notent que la nervation et jusqu'aux poils qui recouvrent les feuilles sont parfaitement conservés, ce qui permet d'en déterminer les espèces Carbou & Chartier, 1892.
  • Une sélection des tissus. La même expérience explique la partition que le témoin de 1849 décrivait sans pouvoir l'interpréter. La pyrite se forme dans les parois cellulosiques du parenchyme, mais non dans les zones lignifiées des parois du xylème Grimes et al., 2001. Dans une feuille, le tissu lignifié est celui des nervures: leurs parois échappent à la pyrite et se transforment en lignite, comme le bois des rameaux, tandis que le tissu du limbe compris entre elles, dépourvu de lignine, se charge de fer. Le témoin de 1849 avait décrit cette partition; l'expérience qui l'explique date de 2001.

Le devenir de la pyrite

Le minéral qui a conservé les feuilles est aussi celui qui détruit les dalles

La réaction n'est pas finie. Un tailleur de pierre d'aujourd'hui signale que la pierre d'Armissan est très sensible à l'humidité: avec le temps elle s'effrite et éclate, ce qui fait disparaître peu à peu les vieux escaliers du village. Sensibilité à l'humidité, effritement, éclatement: ce sont les trois signes par lesquels la littérature de conservation décrit l'oxydation de la pyrite. Au contact de l'air humide, la pyrite se change en sulfates de fer; vers 60 % d'humidité relative, ceux-ci s'hydratent et leur volume augmente de 256 %, ce qui fend la pièce de l'intérieur Newman, 1998. Le rapprochement n'est pas démontré: un calcaire marneux s'altère aussi par le gel, par la cristallisation de sels ou par le gonflement des argiles. Mais si l'hypothèse tient, ce qui détruit les dalles aujourd'hui est ce qui a conservé les feuilles, et les dalles du Muséum courent le même risque que celles des maisons.

Betula dryadum Ad. Brongniart, 1828

Spécimen figuré, collection Gaston de Saporta, Muséum national d'Histoire naturelle MNHN, collections. L'espèce est l'une des neuf que Brongniart décrit en 1828 d'après les envois de Tournal Brongniart, 1828b. Ce qui se lit ici est l'échelle à laquelle la conservation se fait: la nervure médiane, les secondaires qui rejoignent chaque dent, et entre elles des ramifications de l'ordre du dixième de millimètre. Une photographie ne permet pas de savoir si ce sont les nervures qui portent le minéral ou le limbe qui l'a pris autour d'elles.

Les traces ocres sur une dalle

Ilex acuminata Saporta, Armissan, collections du Muséum national d'Histoire naturelle

Dalle calcaire gris-bleu portant plusieurs feuilles lancéolées d'Ilex acuminata insérées sur un rameau; des mouchetures ocres suivent le limbe et la nervure médiane; étiquette manuscrite ancienne à filet bleu, signée Sap.
Le dépôt ocre ne couvre pas la roche au hasard: il suit les feuilles, et sur celle de gauche il se concentre le long de la nervure médiane. C'est la distribution qu'on attend d'une minéralisation liée au tissu végétal lui-même, et elle correspond à ce que décrivait l'observateur de 1849. Une photographie ne permet cependant pas de distinguer un sulfure oxydé d'un oxyde de fer d'origine sédimentaire ou d'une tache de manipulation. En revanche, aucun signe d'altération active n'est visible: ni efflorescence blanche ou jaune, ni fentes rayonnant depuis les empreintes.

© MNHN

La pyritisation initiale s'accomplit en quatre-vingts jours, sous l'effet de la décomposition bactérienne dans un milieu privé d'oxygène: c'est rapide au point de devancer la perte de forme. Mais elle ne s'est produite que dans une des quatorze conditions expérimentales testées, et même alors pas sur tous les rameaux. Les auteurs y voient la raison pour laquelle la part de biomasse végétale conservée sous forme de pyrite reste faible dans le registre fossile Grimes et al., 2001. La seule condition qui ait réussi réunissait quatre éléments: un sédiment privé d'oxygène, du fer sous une forme facile à mobiliser, une matière organique abondante qui stimule les bactéries, et une eau aussi riche en sulfate que l'eau de mer Grimes et al., 2001. Au fond du lac d'Armissan, l'anoxie et la matière organique se conçoivent sans peine, avec un fond calme et pauvre en oxygène et une litière de feuilles abondante; l'origine du fer n'est pas connue. Le sulfate pose davantage question: un lac d'eau douce en contient en général peu, et aucune source consultée ne dit d'où il venait ici. Une source possible existe dans le bassin même: des niveaux à gypse, parfois accompagnés de soufre, s'intercalent dans la série, y compris dans les marnes qui portent les calcaires du secteur d'Armissan Eulry, 1987. Rien ne montre que l'eau du lac en ait reçu au moment où se déposaient les dalles.

La preuve la plus directe de ce calme n'est pas botanique. Elle est entomologique: le gisement a livré des ailes de libellules assez bien conservées pour que la nervation en soit détaillée, dont un caloptérygidé décrit et analysé en 1987 Nel & Petrulevičius, 2010. Une aile d'insecte ne peut pas survivre à un brassage.

Sapho armissani Nel, 1987, holotype

Spécimen MNHN-F-B47290, collection de la Chaire de botanique du Muséum, celle du professeur Bureau MNHN, collections. Décrit par André Nel en 1987 sur une dalle des laminites oligocènes d'Armissan Nel, 1987, puis repris dans la revue des Calopterygoidea fossiles Nel & Paicheler, 1992. Le genre Sapho vit aujourd'hui dans les forêts humides d'Afrique intertropicale, ce qui en fait un indice climatique indépendant de la flore, sous réserve que les exigences du genre n'aient pas changé Nel & Petrulevičius, 2010.

Une observation de 1849 nuance pourtant ce calme. L'auteur signale sur les dalles des rides qu'il attribue au mouvement des vagues, et il explique l'apport des feuilles par les rivières et les torrents charriant des débris à chaque débordement Le Narbonnais, 1849. Des rides supposent une eau peu profonde, agitée par moments; un transport par crue supposerait une origine plus lointaine que la rive immédiate. Un fait matériel éclaire une partie de la difficulté: la série alterne, dalles calcaires dures et puissantes couches de marnes grisâtres se succédant Tournal, 1868. Deux matériaux, donc deux régimes de dépôt, et les feuilles ne viennent que du premier. Restent les rides signalées en 1849 sur les dalles elles-mêmes, qui demanderaient une eau basse et agitée. Viguier, qui a examiné les faces des dalles en carrière, les décrit autrement: des ondulations de 3 à 4 mm au plus, irrégulières, qu'il distingue expressément des rides parallèles laissées par les vagues sur un fond meuble, et qu'il attribue à un précipité formé trop vite pour être plan Viguier, 1891. Les deux témoignages ne s'accordent pas, et la question reste ouverte.

La cause de l'alternance reste une interprétation d'époque. Tournal l'attribue à des torrents chargés de débris pendant les périodes pluvieuses Tournal, 1868. C'est déjà l'explication de l'article de 1849, dont il est peut-être l'auteur. Ce serait alors une seule lecture, reprise à dix-neuf ans d'écart. Aucune source moderne consultée ne la reprend. L'alternance est retenue, sa cause reste ouverte.

La fin du lac, le retour de la mer

Tectonique, bassin et transgressions

Frise de 32 à 13,8 millions d'années, axe linéaire

Oligocène Miocène Rupélien Chattien Aquitanien Burdigalien Langhien −32 −27,3 −23 −20,4 −16 −13,8 TECTONIQUE Distension: rifting du golfe du Lion Accrétion océanique rupture continentale, vers 20 Ma BASSIN D'ARMISSAN série lacustre, jusqu'à MP 30 Dalles d'Armissan, vers MP 23 Comblement poudingues, argiles discordance intra-aquitanienne Affaissement de la marge LA MER domaine continental: la mer est absente Première transgression, Burdigalien supérieur: calcaire à Gigantopecten, île Saint-Martin Seconde transgression, Langhien inférieur: huîtres, maximum à 50 m aux Bugadelles

Frise large: faites défiler horizontalement.

L'axe est linéaire; les limites d'étages sont celles de la figure de datation, Rupélien-Chattien compris. Le rifting du golfe du Lion commence au Rupélien supérieur, entre 30 et 28 Ma, après une première extension est-ouest au Priabonien; la rupture continentale et le début de l'accrétion océanique se placent vers 20 Ma, et l'accrétion se prolonge probablement au début du Langhien, d'où le tireté Séranne, 1999 Bache, 2008. Les dalles sont placées au niveau MP 23, valeur de travail Fauré, 2026. La discordance intra-aquitanienne et le début de l'affaissement, à l'Aquitanien supérieur, ne sont pas datés plus précisément Bache, 2008. La fin du rifting varie selon les sources: vers 23 Ma pour Guennoc et ses coauteurs Guennoc et al., 2000, à la rupture continentale vers 20 Ma pour Séranne. La série lacustre d'Armissan se poursuit jusqu'au Calcaire des fours à chaux, rapporté à MP 30 Fauré, 2026; son début n'est pas daté, d'où le bord en tireté. Le comblement, daté de 25 à 20,4 Ma, n'est pas situé par rapport à ce calcaire dans les sources consultées. Les deux transgressions d'après Lespinasse, 1982 et Fauré, 2026.

Un lac de fossé ne dure pas, soit la subsidence s'arrête et le comblement l'emporte, soit les apports grossiers finissent par atteindre le centre. À Armissan, l'Oligocène se termine par le Calcaire des fours à chaux; au-dessus des dalles, Saporta voyait aussi, depuis les mamelons qui dominent le village, une suite de couches terminée par des poudingues et des argiles Carbou & Chartier, 1892. Les sources consultées ne situent pas ces poudingues par rapport au calcaire.

La mer, elle, revient beaucoup plus tard, et pour une raison qui tient encore à la marge: la rupture continentale s'achève vers 20 millions d'années, et la transgression burdigalienne suit sur le plateau Séranne, 1999. Au Burdigalien supérieur, elle s'avance largement sur le Bas-Languedoc et recouvre une grande partie du Narbonnais, dont émerge seulement la montagne de la Clape. Des molasses marines de cet âge affleurent aux Bugadelles, à l'est d'Armissan Lespinasse, 1982. Cette transgression, burdigalienne, dépose un calcaire fait de débris d'organismes marins, à Gigantopecten tournali dont le seul témoin conservé se trouve à l'île Saint-Martin, à l'autre bout du massif. La suivante, au Langhien inférieur, apporte des dépôts riches en grandes huîtres, Crassostrea gryphoides, discordants sur le Crétacé du horst; ce sont eux qui atteignent cinquante mètres d'altitude aux Bugadelles, à l'est d'Armissan Fauré, 2026. C'est là le maximum de la transgression.

Une discordance intra-aquitanienne marque l'arrêt de l'activité tectonique au sommet des séries syn-rift. La marge commence ensuite à s'affaisser, à partir de l'Aquitanien supérieur seulement. La mer burdigalienne envahit alors les premières dépressions, en rabotant le socle calcaire et les dépôts antérieurs. Les molasses de cette mer se déposent ensuite sur cette surface d'abrasion Bache, 2008.

La rupture continentale et le début de l'accrétion océanique sont un même moment, la transition entre Aquitanien et Burdigalien, vers 20 Ma; il laisse dans les séries une discordance de rupture Séranne, 1999. Bache le place de même vers 20 Ma Bache, 2008. L'accrétion occupe ensuite tout le Burdigalien, et probablement le début du Langhien.

Sur la longue durée, l'histoire du massif et du bassin tient en cinq étapes, du dépôt des calcaires de la Clape au retour de la mer. Les trois dernières reprennent la frise donnée plus haut; les deux premières en donnent l'arrière-plan.

  • Jurassique à Crétacé inférieur 201 à 100 Ma

    Plate-forme marine chaude. Dépôt des calcaires qui formeront le massif de la Clape.

  • Éocène supérieur 38 à 33,9 Ma

    Compression pyrénéenne. Mise en place de la nappe des Corbières, structuration du relief.

  • Oligocène 33,9 à 23 Ma

    Distension. Le compartiment de Narbonne-Sigean s'affaisse en demi-graben. Un lac s'y installe, ses sédiments fins piègent la flore d'Armissan. La Clape est émergée.

  • Oligocène terminal à Aquitanien 25 à 20,4 Ma

    Comblement. Poudingues, argiles, épisodes saumâtres et gypse dans la partie sud du bassin.

  • Burdigalien supérieur à Langhien 18 à 13,8 Ma

    La mer revient. Molasses marines autour du massif, qui reste émergé.

à retenir

Les fossiles d'Armissan sont continentaux. Ils appartiennent à un épisode où la région était émergée et où un lac occupait une cuvette en cours d'affaissement. Les fossiles marins de la Clape, rudistes et coraux, sont bien plus anciens et appartiennent à une autre histoire.

Positionnement temporel Une époque acquise, un étage discuté

Datation

Aucune datation radiométrique n'existe pour Armissan, et le matériau s'y prête mal. L'âge repose sur les fossiles, et il a changé plusieurs fois depuis Saporta. Ces révisions se suivent jusqu'à la lecture actuelle, qui refuse de dater la série d'un seul chiffre.

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La datation tient en un mot, Oligocène, et ce mot suffit à situer le gisement parmi les grandes divisions du temps géologique. Il ne suffit pas à le situer à l'intérieur de l'époque, qui dure onze millions d'années, et c'est là que la question devient intéressante.

Trias Jurassique Crétacé Paléogène Néogène
Tr Tr Tr Ju Ju Ju Cré Cré Pal éo Oli Mio Pli Plé Hol

Le trait noir marque l'Oligocène, époque du gisement. Bornes d'après la charte chronostratigraphique internationale. L'Oligocène se divise en deux étages: le Rupélien à la base, le Chattien au sommet. Ils correspondent respectivement à l'Oligocène inférieur et à l'Oligocène supérieur.

Position d'Armissan dans l'Oligocène

Position du gisement sur l'échelle des temps géologiques, en millions d'années

Oligocène Miocène Rupélien Chattien Aquitanien −33,9 −23 −5,3 −27,3 −20,4 Gisement fossilifère d'Armissan
Le tableau précédent situe l'Oligocène parmi les périodes; celui-ci précise la position à l'intérieur de l'époque, dont dépend la datation du gisement. L'axe est linéaire. La limite Rupélien-Chattien est tracée à 27,3 Ma, valeur de la charte chronostratigraphique internationale ICS, 2024. Depuis 2016, cette limite est définie par un stratotype, à Monte Cagnero en Italie; son âge y est estimé à 27,82 ou 27,41 Ma selon le calage astronomique retenu Coccioni et al., 2018. Tanrattana et al. retiennent 27,82 Ma Tanrattana et al., 2020. L'écart, moins d'un million d'années, ne change pas la place d'Armissan dans le Rupélien.

Quel âge, et comment il a été obtenu

Aucune des sources consultées ne mentionne de datation radiométrique pour Armissan. L'âge y repose entièrement sur la faune. Pour les dalles à empreintes, il tient à un seul fossile, un rongeur; d'autres repères, présentés plus loin, datent d'autres niveaux de la série. Cette chaîne d'identification montre comment une date s'établit et pourquoi elle varie.

Noulet rapporte dès 1858 les dépôts du bassin au Miocène inférieur, d'après leurs coquilles d'eau douce, et en revendique encore la priorité en 1878 Noulet, 1878. Saporta place lui aussi le dépôt au Miocène inférieur, et cette attribution domine jusqu'aux années 1950. Elle est pourtant contestée tôt: en 1891, Viguier juge « difficile de rapporter à l'Aquitanien » un système placé si loin sous les calcaires à Helix Ramondi, et le rattacherait plutôt au Tongrien Viguier, 1891. Priem y revient en 1914, dans un mémoire sur les poissons fossiles. Une note ajoutée pendant l'impression vieillit le gisement: il serait stampien, et les calcaires marneux à restes de poissons se rapporteraient au Stampien moyen, voire inférieur, d'après l'excursion de la Société géologique de France à Armissan en 1913 Priem, 1914. Le niveau ainsi daté n'est pas situé par rapport aux dalles. En 1955, Lavocat (paléontologue) décrit un squelette de rongeur provenant du gisement Lavocat, 1955. En 1971, Schmidt-Kittler (paléontologue allemand) révise la famille des Pseudosciuridés dans une monographie fondée sur les dents et rattache la pièce d'Armissan à Suevosciurus ehingensis Dehm 1937 Schmidt-Kittler, 1971. C'est cette révision qui fait passer le gisement du Miocène à l'Oligocène.

SourceCe qu'elle dateâge proposé
Aguilar, 1977Le remplissage du bassin, par les micromammifèresOligocène et Miocène inférieur selon les niveaux
Notice BRGM, 1982Les dalles d'Armissan, d'après un poisson du genre Amia et Suevosciurus ehingensisNettement anté-aquitanien, Stampien avec point d'interrogation
Butzmann & Fischer, 2013Les fruits de nénuphar des dalles, d'après une faune réunie: rongeur, anthracothère, reptile, insecteOligocène supérieur, 28,4 à 23,0 Ma
Tanrattana et al., 2020La paléoflore, en reprenant Schmidt-KittlerRupélien, 33,9 à 27,82 Ma
Fauré, 2026La série d'Armissan, par trois repères fauniques distinctsDu Rupélien supérieur au Chattien terminal

Cinq lectures du même gisement, dans l'ordre où elles ont paru. Aguilar et Fauré datent d'autres niveaux que les dalles, ce qui explique une partie des écarts. Les trois autres datent les dalles, mais pas avec la même faune. Sources: Aguilar, 1977, Lespinasse, 1982, Butzmann & Fischer, 2013, Tanrattana et al., 2020, Fauré, 2026.

Trois repères fauniques, et non un chiffre

La synthèse de Fauré lit la série autrement, en refusant de la dater d'un seul chiffre. Elle y distingue trois repères fauniques échelonnés. Le rongeur Suevosciurus ehingensis se rattache au niveau-repère MP 23, du Rupélien supérieur Fauré, 2026. Un anthracothère, Paenanthracotherium hippoideum, recueilli dans les marnes et calcaires du vallon d'Armissan, appartient au Chattien ancien, niveau-repère MP 25; le Muséum de Toulouse, qui conserve la pièce, la porte au catalogue deux niveaux plus haut, en MP 27, toujours dans le Chattien MHNT, Anthracotherium. Et la barre carbonatée qui couronne l'Oligocène local, le Calcaire des fours à chaux, un calcaire de lac, livre en abondance l'escargot terrestre Wenzia ramondi, qui la place au Chattien terminal, en équivalence du niveau-repère MP 30 Fauré, 2026.

Les dalles à empreintes n'occupent qu'un de ces niveaux, celui du rongeur. L'ordre des trois repères est établi par superposition: Noulet place la mâchoire d'anthracothère au-dessus des dalles, et plus haut encore, sous le faîte, un calcaire blanc riche en Helix ramondi, l'ancien nom de Wenzia ramondi Noulet, 1878. Au muséum, la mâchoire porte la cote MHNT.PAL.2004.0.113: une mandibule achetée à Henri Devèze le 6 juin 1876, inventoriée sous le nom d'Anthracotherium hippoideum Rütimeyer, 1857, avec pour provenance le lieu-dit les Clottes, au nord du village MHNT, Anthracotherium. Les couches sous les dalles, lignites et marnes grises à Cyclades, n'ont pas de repère propre.

Une partie du désaccord tient à ce que les auteurs ne datent pas le même niveau: Aguilar date le remplissage du bassin, Fauré la série du vallon. Une autre tient à ce qu'on date un niveau avec la faune d'un autre. Butzmann place les dalles à l'Oligocène supérieur en réunissant le rongeur, un anthracothère, un reptile et un insecte Butzmann & Fischer, 2013; des quatre, seul l'anthracothère désigne le Chattien, et il ne vient pas des dalles: Noulet, qui l'a décrit, le situe dans une couche argilo-calcaire de la colline nord-ouest, environ quatre-vingts mètres au-dessus de leurs affleurements Noulet, 1878. Tanrattana, qui s'en tient au rongeur, lit le Rupélien.
L'âge de travail des dalles est celui de MP 23, calé vers 30,5 Ma à sa localité de référence, Itardies, dans le Quercy de Bonis et al., 2025. Il n'est pas acquis. La révision des rongeurs théridomorphes range Armissan en MP 22, avec doute, dans son tableau des localités, et en MP 23 dans sa liste des gisements Vianey-Liaud & Marivaux, 2017; l'écart compte peu, car les localités de référence des deux niveaux, Villebramar et Itardies, ont « quasiment le même âge numérique » Escarguel et al., 1997. L'espèce s'étend de MP 19 à MP 25, et rien n'exclut MP 24. Les dalles se placent ainsi entre environ 31,5 et 29,5 Ma, au Rupélien dans tous les cas.

Un désordre de noms

Une remarque sur les noms, qui explique une partie du désordre. Elle remonte à Lavocat, dont le mémoire de 1955 s'intitule Sur un squelette de Pseudosciurus provenant du gisement d'Armissan Lavocat, 1955. Tanrattana reprend ce genre, sans espèce. La notice BRGM et la synthèse de Fauré donnent l'une et l'autre Suevosciurus ehingensis Dehm 1937. Les deux genres appartiennent à la famille que Schmidt-Kittler révise, et l'écart tient probablement à un glissement de la famille au genre-type.

Poissons, insectes, oiseaux

Le gisement n'a d'ailleurs pas livré que des plantes et un rongeur. On y a recueilli de nombreux poissons, des insectes, deux oiseaux gallinacés, un reptile, une tortue et un batracien Fauré, 2026. Le calme du fond, que la conservation des ailes de libellules laissait entendre, ne vaut cependant que pour les dalles: une partie de cette faune vient d'autres niveaux de la série.

Priem passe ces poissons en revue en 1914, sur les pièces du Muséum de Paris et sur celles que lui communique Ph. Thomas. Il retient Amia (Cyclurus) valenciennesi, que Gervais avait déjà reconnu comme l'espèce de Menat, et plusieurs Leuciscus. Il ajoute, avec doute, un Cobitis et un Aspius. Les pièces sont nombreuses, mal conservées Priem, 1914, et aucune ne porte son niveau. Saporta signalait quelques poissons entre le premier et le second lit des dalles, et des quantités dans la marne grise qui les recouvre Carbou & Chartier, 1892. La liste de Priem décrit la faune de la série, non celle de l'assise à empreintes.

Palaeochelys astrei (Bergounioux, 1935)

Holotype, dossière de 457 mm pour 17,45 kg, Muséum de Toulouse, MHNT.PAL.CHEL.2002.3 MHNT, Palaeochelys. Bergounioux la décrit en 1935 sous le nom de Chrysemys astrei, genre nord-américain vivant; F. de Lapparent de Broin la transfère depuis dans le genre éteint Palaeochelys. Entrée par don en 1883 depuis une collection privée, sans relevé du banc d'origine. La notice la rapporte au niveau-repère MP 25, qui la place au-dessus des dalles à empreintes. Photographie prise en vitrine.

La paléobotanique et ses limites Une feuille comme instrument de mesure

Méthode

Les températures et les pluies d'Armissan sortent d'une méthode qui a ses conditions de validité: ce qu'on mesure sur une feuille, combien il en faut, et ce qui peut fausser le résultat. Un chiffre résume la position du gisement: quatre-vingt-treize morphotypes, bien au-delà des vingt-cinq espèces que la méthode réclame pour estimer les pluies.

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Deux usages qu'il ne faut pas confondre

La paléobotanique étudie les végétaux fossiles: feuilles, bois, fruits, graines, pollens. Elle sert deux usages distincts, qu'il vaut mieux ne pas confondre. Le premier est évolutif: suivre l'apparition et la disparition des lignées, ce que Saporta faisait en créant ses genres. Le second est environnemental: reconstituer le climat et le milieu dans lesquels ces plantes ont poussé. C'est celui qui vient ensuite.

Armissan sert surtout au second. Le gisement livre des feuilles complètes en grand nombre, ce qui est rare, et cette abondance autorise des mesures statistiques. Une feuille isolée renseigne peu sur le climat. Quatre-vingt-treize morphotypes distincts, mesurés selon un protocole fixe, renseignent beaucoup plus Tanrattana et al., 2020.

Le principe de l'analogie

Ce que suppose la lecture du climat dans les feuilles

L'observation de départ est ancienne. En 1915 et 1916, Bailey et Sinnott établissent que la proportion de feuilles à marge entière dans une flore croît avec la température, et proposent d'en faire un indice botanique des climats crétacés et tertiaires Bailey & Sinnott, 1916. Wolfe en tire en 1993 une méthode statistique, CLAMP, qui étend le raisonnement à vingt-neuf caractères de forme: marge, taille, sommet et base du limbe, rapport longueur sur largeur, silhouette générale Wolfe, 1993, calibrée depuis sur trente-et-un caractères et sur un jeu mondial de 378 stations actuelles, de la forêt tropicale à la taïga, du niveau de la mer à plus de 3 000 mètres Yang et al., 2015. Les jeux antérieurs étaient plus petits, ou restreints à une région, l'Europe seule pour le plus fourni. Une étude fondée sur dix-sept stations y avait même soupçonné un biais lié à la parenté des espèces, Little et al. 2010, cité par Yang et al., 2015.

Le raisonnement suppose que la relation entre la forme d'une feuille et le climat valait autrefois ce qu'elle vaut aujourd'hui. Cette transposition du présent vers le passé ne se démontre pas, et c'est la limite de fond de tout ce qui suit. Deux résultats la rendent moins fragile qu'il n'y paraît. Sur les 378 stations actuelles, la relation entre forme foliaire et climat reste la même quels que soient le régime climatique, le type de végétation et l'histoire biogéographique. Et la relation avec les températures tient encore lorsqu'on retire du jeu les caractères de la marge, pourtant tenus pour les mieux corrélés à la température moyenne annuelle Yang et al., 2015. Le signal ne tient pas à un caractère unique, ni à une flore particulière.

CLAMP: coder la forme des feuilles

Le protocole employé pour Armissan s'appelle CLAMP Wolfe, 1993. On code trente-et-un caractères de forme Yang et al., 2015 sur l'ensemble des morphotypes foliaires d'un gisement, puis on projette ce codage dans l'espace formé par des centaines de végétations actuelles dont le climat est connu. La position du gisement dans cet espace donne les valeurs climatiques. Deux axes suffisent à porter environ 70 % de la variation observée: le premier correspond à la température, le second au stress hydrique Wolfe, 1993. L'idée n'est pas neuve: Saporta l'avançait déjà en 1877, de façon qualitative Saporta, 1878. Sa doctrine le lui permettait, puisqu'il tenait le climat pour un agent qui façonne directement la plante; celle de Darwin, où le climat n'agit qu'en déplaçant des équilibres de concurrence, l'en aurait empêché.

Ce que l'on code sur une feuille

Macrophotographie, Dalbergia hecastophyllina Saporta

Macrophotographie d'une empreinte foliaire d'Armissan: nervure primaire, nervures secondaires et réseau des nervures d'ordre supérieur, marge du limbe

© MNHN, Paris, collection Gaston de Saporta, MNHN.F.16029

Les trois cadres signalent des zones où le réseau de nervures d'ordre supérieur reste lisible, jusqu'aux mailles les plus fines. On y voit aussi le tracé de la marge et la nervure primaire. Ce sont des caractères que le protocole enregistre un à un, sans passer par le nom de l'espèce. Les cadres ont été ajoutés pour la lecture. Le nom est celui que Saporta a donné à cette feuille, qu'il décrit et figure dans sa flore d'Armissan, planche XIII, figure 10 Saporta, 1865b. Dalbergia désigne aujourd'hui un genre de Fabacées des régions tropicales, lianes, arbustes et arbres, d'Amérique, d'Afrique, de Madagascar et d'Asie du Sud. Une attribution du XIXe siècle à un genre actuel ne vaut pas argument climatique: la révision de 2013 a montré, sur les nénuphars d'Armissan, ce que ces rattachements peuvent avoir de fragile.

L'auteur de la méthode en donne lui-même les limites. Les erreurs types atteignent 0,7 à 1 °C sur la moyenne annuelle, mais 1,5 à 2 °C sur le mois le plus froid: l'hiver est structurellement moins bien contraint que l'année. Les précipitations sont l'estimation la plus fragile des trois. Enfin, un échantillon de moins de vingt espèces donne encore des températures acceptables, mais il en faut au moins vingt-cinq pour les pluies Wolfe, 1993. Ces valeurs sont celles de la calibration de 1993. Celles qu'emploie l'étude d'Armissan sont plus larges: 3,4 °C sur le mois le plus froid pour la calibration tempérée, 4,1 °C pour la calibration asiatique, qui est celle retenue ici Tanrattana et al., 2020. Avec ses quatre-vingt-treize morphotypes foliaires, Armissan est largement au-dessus du seuil.

Un échantillon trié, sur une durée courte

Ce qui est conservé est ce qui pouvait arriver jusqu'au fond du lac, et cela ne tient pas qu'à la distance à la rive. Les organes que le vent porte ou qui flottent sont favorisés, où que pousse la plante: Pinus, genre des hauteurs, fournit à lui seul 128 pièces, plus que tout autre, par ses cônes et ses graines ailées. Les feuilles des arbres de rive, elles, tombent près de l'eau et arrivent entières; les organes qui fossilisent mal manquent. Aucune liste floristique de gisement ne donne la composition réelle d'une végétation. Ce tri porte cependant sur une tranche mince. L'assise exploitée mesurait 28 centimètres, épaisseur relevée dès 1861 Noguès, 1861, et Carbou et Chartier la décrivent divisée en deux bancs d'épaisseur voisine, chacun partagé en quatre lits Carbou & Chartier, 1892. Toutes les pièces sorties des carrières proviennent de cette assise.

Sa durée de dépôt est courte, et Saporta a tenté de la chiffrer. Les lits se débitent à l'air en feuillets d'environ deux millimètres. Saporta y voit le dépôt d'une saison de précipitation carbonatée, revenant chaque année, et il en tire un calcul: à raison d'un feuillet par an, les vingt-huit centimètres de l'assise demandent environ cent cinquante ans, les marnes sous-jacentes non comprises Saporta, 1865b. Calmet reprend le raisonnement en 1930, sans le signaler comme une citation ni évoquer l'objection que Viguier y avait faite en 1891 Calmet, 1930. Le compte est cohérent avec lui-même: deux cent quatre-vingts millimètres divisés par deux en font cent quarante.

Le chiffre repose sur des hypothèses. Saporta en pose deux au conditionnel, une épaisseur moyenne de deux millimètres par feuillet et une année pour chacun, et juge que le calcul « semble se rapprocher de la vérité », sans les discuter. Le calcul en suppose en réalité trois. La première est que le feuillet soit une unité de dépôt. Or Saporta le définit par la manière dont la pierre se fend une fois sortie, à l'atelier. Viguier (géologue, docteur ès sciences), qui avait suivi l'exploitation avec Devèze, conteste ce point en 1891. Au microscope, la dalle est un précipité de calcite de grain uniforme, sans aucune zonation; le feuilletage n'apparaît que sur les dalles exposées aux intempéries depuis de longues années, et accompagne l'oxydation du fer qui fait virer la roche au jaune Viguier, 1891. Il objecte aussi que l'hypothèse de Saporta n'explique pas la concentration des empreintes aux jonctions des huit lits. Il propose un autre compte: une dalle de 35 mm en moyenne par an, chacune ouverte par les débris que la saison des pluies apporte au fond du lac, soit huit ans pour le banc entier Viguier, 1891.
La deuxième est que la sédimentation n'ait jamais été interrompue. Une interruption ne laisse pas de feuillet, et le compte devient alors un minimum, non une durée.
La troisième est qu'il n'y ait eu qu'une saison productive par an. S'il y en avait deux, le résultat se divise par deux.

Ces trois réserves déplacent le nombre, elles ne déplacent pas la conclusion. Même en se trompant d'un facteur dix, on reste à un ou deux milliers d'années, contre les millions d'années de l'étage où le gisement se place. La flore d'Armissan ne représente pas un étage entier, mais un intervalle de temps court, dont la place dans l'Oligocène est discutée plus haut. Cela vaut aussi pour les valeurs climatiques calculées sur ces feuilles, qui décrivent cet intervalle et non l'époque. Aucune étude moderne n'est venue reprendre ce comptage sur le matériel conservé.

Cette tranche n'est pas homogène. Saporta décrit ce que porte chaque intervalle: sous les dalles, un banc de calcaire marneux à coquilles, pauvre en plantes; entre le premier lit et le second, quelques poissons et des feuilles de nymphéa; entre le troisième et le quatrième, peu de plantes; entre le quatrième et le cinquième, les grandes feuilles d'Araliacée; dans le sixième lit, qu'il faut laisser s'ouvrir à l'air, les espèces les plus rares, dont un rameau de Coriaria et plusieurs inflorescences; l'intervalle suivant est assez pauvre; entre le septième et le huitième reviennent les nymphéacées. Au-dessus des dalles, une marne grisâtre plus épaisse ne livre plus que des plantes clairsemées, mais assez souvent des poissons et des reptiles aquatiques, crocodiles, tortues et batraciens. Sur la plupart des dalles, ce qui frappe, ce sont d'innombrables samares de bouleau et involucres d'Engelhardtia Saporta, 1865b. Calmet reprend cette description en 1930, mais écrit que la marne grise ne contient aucune empreinte végétale Calmet, 1930.

Le niveau de récolte des pièces anciennes n'est pas perdu: pour une part d'entre elles, il se déduit de ce qu'elles portent. Un nymphéa et une grande feuille d'aralie ne viennent pas du même lit.

Un second tri s'ajoute au premier: les spécimens étudiés aujourd'hui viennent de collections réunies au XIXe siècle dans des carrières souterraines en exploitation. Personne ne met de côté un limbe déchiré. Les sources consultées ne documentent ni le niveau de récolte des pièces ni les critères qui ont présidé à leur mise en collection. Ce tri joue en sens inverse du précédent: il conserve les feuilles entières, donc les bords lisibles, et c'est précisément le caractère dont la perte fausserait le plus les températures Spicer et al., 2005. Le score de complétude élevé d'Armissan tient sans doute pour partie à cette sélection.

Le climat lu dans les feuilles Des valeurs et leurs marges

Résultats

Cinq valeurs sortent de la méthode pour Armissan: trois températures, la durée de la saison de croissance et le total annuel des pluies. Chacune vient avec son écart-type, et l'écart-type importe autant que la valeur. Elles sont données d'abord pour Armissan seul, avec la saisonnalité, que les nombres ne suffisent pas à trancher. Les comparaisons avec d'autres méthodes et d'autres gisements viennent ensuite.

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Ce que disent les dalles d'Armissan

Résultats propres au gisement, calibration Asia1 Tanrattana et al., 2020

  • Un intervalle court, de l'ordre de cent cinquante ans selon Saporta, un ou deux milliers d'années au plus. Les valeurs décrivent cet intervalle, non l'Oligocène.
  • Une moyenne annuelle de 16,2 °C ± 2,5 et un mois le plus chaud à 26,0 °C ± 3,0.
  • Un hiver doux mais mal contraint: 6,1 °C ± 4,1 pour le mois le plus froid. Les crocodiles ramènent l'intervalle entre 5,5 et 10,2 °C, si leur limite actuelle valait déjà. La méthode ne dit rien des gelées.
  • Une saison de croissance de 9,3 mois ± 1,3.
  • Environ 1 450 mm de pluie par an, en ordre de grandeur seulement, avec trois mois secs qui reçoivent 135 mm. La place de cette saison sèche dans l'année n'est pas mesurée.
  • Ni mousson, le rapport entre saisons humide et sèche restant à 4,9 sous le seuil de 6, ni climat semi-aride.

Les chiffres et leur incertitude

Armissan a été traité sur environ 300 spécimens des collections historiques du MNHN, répartis en 93 unités taxinomiques. Le score de complétude atteint 0,91. L'échelle donne la mesure de ce chiffre: 1 correspond à un relevé de végétation actuelle, 0,714 à la perte d'un caractère entier sur tous les morphotypes, et 0,6 est le seuil en dessous duquel les auteurs de l'indice jugent les estimations peu fiables Spicer et al., 2005. Armissan est bien pourvu. Les valeurs ci-dessous proviennent de la calibration retenue par les auteurs pour ce site Tanrattana et al., 2020.

Ces 300 spécimens proviennent de collections anciennes, et le tableau des sources ne donne pour Armissan qu'une mention d'âge rupélien, sans détail de banc Tanrattana et al., 2020. On pourrait craindre qu'ils mélangent des niveaux éloignés à l'intérieur du Rupélien, ce qui ferait des valeurs ci-dessous une moyenne sur une durée inconnue. L'assise exploitée écarte cette crainte: vingt-huit centimètres et huit lits Carbou & Chartier, 1892, soit l'intervalle court estimé plus haut. Les pièces viennent toutes de cette tranche. L'incertitude qui demeure porte sur la position de chaque spécimen à l'intérieur des huit lits, donc sur des siècles au plus. La réserve des auteurs, elle, concerne la taille de l'échantillon.
VariableValeurécart-typeCe que cela signifie
Température annuelle moyenne (MAT)16,2 °C± 2,5Entre 13,7 et 18,7 °C. Aujourd'hui, Narbonne est proche de 15 °C.
Mois le plus froid (CMMT)6,1 °C± 4,1Entre 2 et 10 °C. L'incertitude est ici la plus forte du jeu.
Mois le plus chaud (WMMT)26,0 °C± 3,0étés chauds, comparables aux actuels.
Saison de croissance9,3 mois± 1,3Une pause hivernale courte mais réelle.
Précipitations annuelles (MAP)1 453 mmvoir noteEnviron deux fois les précipitations actuelles du Narbonnais. Ordre de grandeur seulement, voir la note.
Rapport saison humide / saison sèche4,9Pluies nettement concentrées sur une partie de l'année.

Valeurs CLAMP pour Armissan, calibration Asia1, celle que les auteurs retiennent pour ce site. La MAP est calculée à partir des précipitations de saison de croissance, dont l'écart-type est de 497 mm Tanrattana et al., 2020: la valeur est un ordre de grandeur, pas une mesure fine.

Les trois températures de la calibration retenue, avec leur écart-type Tanrattana et al., 2020. Le point marque la valeur, la barre l'intervalle d'un écart-type de part et d'autre. L'hiver est la saison la moins bien contrainte: son intervalle couvre huit degrés, contre cinq pour la moyenne annuelle.

L'hiver: ce que l'on peut exclure

Les écarts-types comptent autant que les valeurs. Un mois le plus froid à 6,1 °C avec 4,1 °C d'incertitude ne renseigne pas, à lui seul, sur la fréquence des gelées. La raison ne tient pas seulement à l'ampleur de l'écart-type. Le mois le plus froid est une moyenne mensuelle, alors que le gel dépend des minima journaliers, que la méthode n'estime pas. Une valeur connue au dixième de degré ne trancherait pas davantage. Les chiffres arrondis qui circulent, du type seize à dix-huit degrés, donnent une précision que la méthode n'a pas.

Sur la question du gel, les auteurs s'appuient sur le test de sélection de calibration, qui range toutes leurs localités du côté d'une calibration dépourvue de stations d'altitude, ce dont ils concluent qu'elles ne connaissaient probablement pas d'hiver très froid, au sens de températures négatives Tanrattana et al., 2020.

Un argument indépendant vient de la faune. Tournal signale dans les dalles des dents de crocodiles, avec des carapaces de grandes tortues, d'autres débris de tortues, des restes de batraciens, des poissons et des ossements d'oiseaux Tournal, 1868. Gervais compte aussi un crocodile, indéterminable, parmi les animaux des dalles Calmet, 1930. Saporta en signale assez fréquemment, avec des tortues et des batraciens, dans la marne grisâtre qui recouvre les dalles Saporta, 1865b. Les deux niveaux se touchent, et l'écart de temps entre eux reste faible devant la résolution des niveaux-repères. Chez les crocodiliens actuels, la limite de répartition correspond à une moyenne du mois le plus froid d'environ 5,5 °C Markwick, 1998. Si cette limite valait déjà pour les formes oligocènes, elle écarte la moitié basse de l'intervalle calculé pour Armissan et le ramène entre 5,5 et 10,2 °C environ.

Mousson ou saison sèche

Le rapprochement d'Armissan avec un climat de mousson tient à un choix de méthode.

CLAMP compare la flore fossile à un jeu de stations actuelles dont le climat est connu. Le choix de ce jeu s'appelle la calibration, et il en existe plusieurs: une mondiale, une tempérée, fondée sur 144 sites surtout tempérés de l'hémisphère Nord, sans les stations froides d'altitude, et une asiatique. Dans l'espace où la méthode range les flores d'après la forme de leurs feuilles, leur physionomie, Armissan se place près de stations asiatiques à mousson, ce qui conduit les auteurs à retenir la calibration asiatique. Le procédé se justifie. Les régressions mondiales sont plus dispersées que les régionales; une calibration locale peut gagner en précision, au prix d'une incertitude sur le choix opéré pour une végétation et un climat anciens Yang et al., 2015.

Ce choix se paie en précision, comme le montre le tableau des auteurs: sur le mois le plus froid, la calibration tempérée donne 6,85 °C avec un écart-type de 3,4 °C, l'asiatique 6,10 °C avec 4,1 °C. Trois quarts de degré d'écart, sur une valeur dont l'écart-type dépasse trois degrés.

Ce voisinage porte sur la forme des feuilles, non sur le climat. Les auteurs disposent d'ailleurs d'un critère chiffré, emprunté à un travail sur les moussons asiatiques: un rapport supérieur à 6 entre le total des trois mois consécutifs les plus humides et celui des trois mois les plus secs. Ils l'appliquent. Une seule de leurs sept localités le franchit, Sézanne, à 8,0. Gelinden reste à 5,8, Armissan à 4,9 sous la calibration asiatique et à 3,8 sous la tempérée Tanrattana et al., 2020. Les trois gisements que la physionomie foliaire rapprochait des sites à mousson sont départagés par les pluies, et Armissan est le plus bas des trois. Les auteurs ajoutent que même Sézanne reste loin des moussons observées aujourd'hui.

Leur classement d'ensemble, lui, ne porte pas sur les pluies. Ils rangent les sept localités dans le subtropical humide de type Ca et, comme aucune n'a de mois froid au-dessus de 18 °C, les qualifient de saisonnières par la température Tanrattana et al., 2020. Leur calcul des pluies annuelles suppose que les mois les plus humides tombent dans la saison de croissance: la répartition des pluies entre été et hiver y entre comme hypothèse de calcul, sans avoir été mesurée. Les trois mois les plus secs d'Armissan reçoivent 135 mm, soit 45 mm par mois, contre 150 mm en moyenne pour les mois de la saison de croissance.

Saporta avait proposé, depuis Armissan même, un autre calendrier: trois saisons, une saison des pluies à température abaissée, un printemps doux et égal, puis un été chaud et sans pluie pendant lequel mûrissaient les fruits, ce qu'il rapproche de la division climatique des zones subtropicales. Il le fondait sur les organes que chaque saison fait tomber et que les dalles réunissent: rameaux et samares arrachés par les orages d'automne, fruits disséminés en été Saporta, 1865b. Calmet cite longuement ce passage en 1930 Calmet, 1930. C'est une interprétation de son siècle; elle place la saison sèche en été, là où le calcul moderne suppose les pluies dans la saison chaude. Les associations d'organes sur une même dalle pourraient être relevées à nouveau sur les collections.

Le choix de calibration déplace les pluies, pas les températures

Le tableau 3 donne deux jeux de valeurs pour Armissan, un par calibration.

Les trois températures de la figure précédente, reprises avec celles qu'aurait données l'autre calibration, sur le même codage foliaire Tanrattana et al., 2020. La barre couvre un écart-type de part et d'autre. Les écarts entre calibrations sont faibles: six dixièmes de degré sur la moyenne annuelle, trois quarts de degré sur le mois le plus froid. Chaque intervalle recouvre largement celui de l'autre calibration. Le recouvrement ne vaut pas concordance statistique: ces écarts-types sont l'erreur propre à chaque calibration, identique pour les sept gisements de l'étude, et non une dispersion mesurée sur Armissan. Trois des treize variables publiées.

Les mêmes données foliaires, lues pour les pluies Tanrattana et al., 2020. L'écart change d'ordre: 776 mm sur les pluies annuelles, contre six dixièmes de degré sur la moyenne annuelle. Les valeurs des trois mois les plus humides et les plus secs sont données en centimètres dans le tableau d'origine, converties ici en millimètres pour une échelle unique. La barre des précipitations annuelles ne porte pas d'intervalle: les auteurs n'en publient pas, cette valeur étant dérivée des précipitations de saison de croissance.

Rapporté à l'écart-type de chaque variable, d'après leur tableau 3, le changement de calibration déplace les températures d'un demi écart-type au plus, et le mois le plus froid de 0,22. Il déplace les pluies de saison de croissance de 2,13. La lecture donnée plus haut n'en dépend pas: sous la calibration tempérée, Armissan recevrait 2 229 mm au lieu de 1 453.

Les auteurs notent qu'Armissan est globalement plus sec que Célas, sans changement significatif de la saisonnalité des pluies Tanrattana et al., 2020. Cet assèchement est relatif, et il ne fonde pas la présentation répandue qui décrit Armissan sous un climat semi-aride: celle-ci reste difficile à concilier avec 1 453 mm de pluie annuelle et une humidité relative moyenne de 71 %. Le climat reconstitué est humide, avec une saison sèche marquée; l'aridité du bassin appartient au sommet de la série, plusieurs millions d'années après les dalles.

Armissan après la crise Éocène-oligocène

La transition Éocène-Oligocène est l'un des refroidissements majeurs du Cénozoïque, et Armissan est plus jeune qu'elle d'environ trois millions et demi d'années, de deux à quatre et demi selon le niveau retenu. Tanrattana et ses coauteurs ont traité de la même manière le gisement de Célas, dans le Gard, qu'ils rapportent au Priabonien, dernier étage de l'Éocène: Célas précède la transition, Armissan la suit, et la comparaison encadre l'événement.

Armissan dans la courbe du Cénozoïque tardif ARMISSAN · la série chaud froid température relative 1 2 3 4 5 6 35 30 25 20 15 10 5 millions d'années avant le présent Éoc. Oligocène Miocène Pl. Rupélien Chattien dalles · 30,5

Figure large: faites défiler horizontalement.

  1. 33,9 à 33,5 Ma · transition éocène-oligocène. La calotte est-antarctique atteint une extension proche de l'actuelle en sept cent mille ans environ, et le niveau marin baisse de plusieurs dizaines de mètres. Les estimations publiées s'échelonnent d'environ 55 à 105 mètres selon les sites et les corrections appliquées: le niveau global n'est jamais mesuré directement, on le déduit d'une marge continentale dont il faut retrancher les mouvements propres. Juste après vient la Grande Coupure, renouvellement brutal des faunes de mammifères européens qui marque la limite entre les niveaux MP 20 et MP 21 de la zonation MP, c'est-à-dire l'entrée dans les niveaux à mammifères de l'Oligocène. Les deux événements sont séparés par quelques centaines de milliers d'années, indiscernables à cette échelle.
  2. 28 à 26,3 Ma · intervalle glaciaire médio-oligocène. Refroidissement et fortes variations du volume de glace. Les dalles à empreintes le précèdent d'environ deux millions et demi d'années, et d'au moins un million et demi si elles se placent dans MP 24.
  3. 26,3 à 23,7 Ma · réchauffement de l'Oligocène terminal. Cohérent avec la hausse d'environ 3 °C que les auteurs de l'étude CLAMP relèvent entre Armissan et Aix-en-Provence Tanrattana et al., 2020. Sa fin est enregistrée à terre dans le bassin de Digne-Valensole: moyenne annuelle médiane de 15,6 °C, la plus élevée de la série, avec des valeurs individuelles de 13,5 à 18,8 °C Gillot et al., 2022.
  4. 23 Ma · glaciation Mi-1. Épisode transitoire de moins de quatre cent mille ans pendant lequel la calotte double environ de volume. Ce n'est pas un dégel: le réchauffement le précède et il l'interrompt. Les paléosols du même bassin enregistrent la chute, de 15,6 à 14,2 °C, et la faible dispersion des valeurs pendant l'épisode. Un second refroidissement, Mi-1a, suit vers 21,5 Ma Gillot et al., 2022.
  5. 16,9 à 14,7 Ma · optimum climatique du Miocène. Hors du champ d'Armissan, porté ici pour situer la suite Ballian et al., 2025.
  6. 5,96 à 5,33 Ma · crise de salinité messinienne. Assèchement partiel de la Méditerranée, fin de l'intervalle représenté.

Courbe schématique, redessinée d'après une compilation de mesures isotopiques sur des foraminifères benthiques, qui vivent sur le fond des océans Westerhold et al., 2020. La part d'oxygène lourd dans leur coquille varie avec la température des eaux profondes et le volume des glaces: depuis le début de l'Oligocène, environ 70 % de ses variations tiennent aux glaces Zachos et al., 2001. La courbe suit le climat du globe, non celui d'Armissan. Elle n'a pas d'échelle quantitative: seule la forme des variations est lisible, pas leur amplitude. Elle est aussi lissée. Une série continentale assez fine pour distinguer des intervalles de dix à cent mille ans fait apparaître à l'intérieur d'un même intervalle des moyennes annuelles s'échelonnant de 13,4 à 19,5 °C, soit six degrés d'écart que ni cette courbe ni les reconstitutions par la flore, qui ne distinguent rien en deçà du million d'années, ne peuvent montrer Gillot et al., 2022.

Les auteurs de la principale reconstitution par les flores européennes le disent de leur côté: avec une résolution moyenne de 1,2 à 1,6 million d'années, les oscillations d'échelle orbitale leur échappent Mosbrugger et al., 2005. Les valeurs chiffrées d'Armissan sont données plus haut, avec leurs écarts-types. La bande claire rend l'étendue de la série lacustre telle qu'elle est établie plus haut, du Rupélien supérieur au Chattien terminal; le trait orange marque les dalles à empreintes, au niveau du rongeur. Elles se situent environ trois millions et demi d'années, de deux à quatre et demi selon le niveau retenu, après la transition éocène-oligocène.

De Célas à Armissan, les auteurs relèvent une baisse d'environ 3 °C sur la moyenne annuelle et d'environ 7 °C sur le mois le plus froid Tanrattana et al., 2020. Le refroidissement porte deux fois plus sur l'hiver que sur l'année, ce que la reconstitution continentale d'Europe centrale montrait déjà. Les auteurs donnent ces valeurs comme des ordres de grandeur, sans marge chiffrée.

L'écart avec Célas

Ces deux écarts appellent deux réserves. Ils franchissent une frontière de méthode, et le site auquel Armissan est comparé est nettement moins bien renseigné que lui.

Ces deux nombres ne sortent pas de la même régression: Célas est calculé avec la calibration tempérée, Armissan avec l'asiatique, et la figure des auteurs les met en regard Tanrattana et al., 2020. Refait avec une seule calibration pour les deux sites, l'écart hivernal change peu, entre 6,5 et 6,7 °C; celui de la moyenne annuelle varie davantage, de 2,2 à 3,5 °C.

Une seconde réserve porte sur le terme de comparaison lui-même. Le score de complétude de Célas vaut 0,55, quand celui d'Armissan atteint 0,91 Tanrattana et al., 2020. Or 0,55 tombe sous le seuil de 0,6 en dessous duquel les auteurs de l'indice tiennent les estimations pour peu fiables Spicer et al., 2005. Le rapprochement des deux sites n'est pas symétrique: un gisement bien renseigné est comparé à un gisement qui l'est mal. Le sens de l'écart tient, et il s'accorde à ce que d'autres indicateurs donnent pour la même transition; son amplitude ne doit pas être prise pour une mesure. Les auteurs ne rapprochent pas ces deux tableaux.

La conclusion qu'ils en tirent est explicite: la baisse du mois le plus froid soutient l'hypothèse d'hivers plus froids, c'est-à-dire d'une saisonnalité thermique accrue, plutôt que celle d'un refroidissement global Tanrattana et al., 2020. Ce que la crise installe en Europe occidentale n'est pas d'abord un effondrement thermique. Les étés restent chauds, les hivers deviennent nets. Une végétation subtropicale peut s'y maintenir, à condition de suspendre son activité pendant deux ou trois mois. Une saison de croissance de neuf mois correspond à ce schéma.

Deux confirmations indépendantes

Une seconde méthode, appliquée à d'autres flores et sur une bien plus longue durée, aboutit à la même lecture: le refroidissement cénozoïque porte sur les hivers, pas sur les étés Mosbrugger et al., 2005. La coïncidence appelle une précaution géographique.

Le gisement a livré des ailes de caloptérygidés, dont Sapho armissani, décrit en 1987 et nommé d'après le site. Le genre Sapho vit aujourd'hui dans les forêts chaudes et humides d'Afrique intertropicale, de la Guinée au Gabon et à la Centrafrique, et sa présence dans deux gisements oligocènes de France, Armissan et Aix-en-Provence, soutient l'hypothèse d'un paléoenvironnement chaud et humide Nel & Petrulevičius, 2010. L'argument est indépendant de la physionomie foliaire: il porte sur des insectes, et il repose sur la répartition actuelle de leur parent le plus proche, non sur la forme des feuilles.

Les auteurs indiquent la limite. La répartition oligocène de ces genres reste inconnue, le registre fossile des odonates étant trop fragmentaire, et ils écrivent seulement qu'on peut supposer le sud de la France compris dans leur aire chaude et humide. Un parent actuel confiné à l'Afrique de l'Ouest ne prouve pas que son ancêtre y était confiné. La convergence avec les feuilles vaut comme recoupement, non comme mesure.

Une flore nommée avant d'être mesurée

En 1828, Brongniart voit dans les premières espèces une flore de forêt septentrionale, dominée par les conifères et les amentacées. Noguès la conteste dès 1861: Dracaena et un genre voisin de Sterculia, qu'il a récolté, vivent aujourd'hui sous les tropiques, et seule une étude complète de la flore, écrit-il, fera connaître la température du bassin Noguès, 1861. La composition de cette flore a été nommée avant d'être mesurée. Mai définit en 1995 un Florenkomplex d'Armissan, caractérisé par des éléments arctotertiaires à feuilles caduques mêlés à des Lauraceae abondantes Mai, 1995, et la végétation est tenue pour tempérée chaude depuis la thèse de Roiron Roiron, 1992. Ces deux lectures nous parviennent par Tanrattana et al., 2020, qui les reprend sans les rediscuter. Ce mélange caractérise cette période: des lignées venues du nord et des lignées héritées des flores chaudes de l'Éocène coexistent au même endroit.

Le biome tempéré chaud

Ce que le terme recouvre

Il succède aux forêts tropicales de la fin du Paléocène et de l'Éocène, et accompagne la migration de taxons des hautes latitudes vers les basses latitudes.

Biome, taxons dominants et paléolatitude du site, de l'Éocène au Miocène
Biome, taxons dominants et paléolatitude du site Éocène Oligocène Miocène 56 33,9 23 5,3 Ma BIOME Subtropical à été humide, puis tempéré chaud Tempéré chaud et frais Hiver humide TAXONS DOMINANTS Palmiers Fougères Angiospermes Gymnospermes Fougères Angiospermes Gymnospermes Angiospermes Gymnospermes PALÉO- LATITUDE RUPÉLIEN 40° N 35° 30° dalles · env. 37,5° N à 30,5 Ma Latitude aujourd’hui : 43,2° N. Nœuds calculés sur paleolatitude.org, référentiel Torsvik et al. 2012.

Faites glisser la figure horizontalement.

Trois registres lus sur le même axe de temps. Le biome passe du subtropical à été humide de l'Éocène au tempéré chaud et frais de l'Oligocène, puis au régime à hiver humide du Miocène. Les taxons dominants se réduisent en conséquence: les palmiers quittent la liste après l'Éocène, les fougères après l'Oligocène. Ce registre dit ce qui domine, non ce qui est présent: la flore d'Armissan, oligocène, compte encore un palmier, Sabalites major, sans qu'il figure parmi les taxons dominants.

La courbe donne la paléolatitude du site dans le référentiel de Torsvik et al. 2012 Torsvik et al., 2012: 32,6° N à 50 millions d'années, environ 37° N à la limite Éocène-Oligocène, 37,5° N au niveau des dalles, 38,4° N à 20 millions d'années. Les points sont les nœuds du calcul, espacés de dix millions d'années; entre eux, le tracé relie les points par des segments de droite. Les pointillés portent les bornes inférieure et supérieure du calcul, de l'ordre de deux degrés et demi de part et d'autre. La bande claire marque le Rupélien, dont la limite supérieure est portée à 27,3 Ma, valeur de la charte internationale ICS, 2024, comme partout ailleurs dans ces pages. Le stratotype de cette limite est daté de 27,82 ou 27,41 Ma selon le calage astronomique Coccioni et al., 2018; Tanrattana et al. retiennent 27,82 Ma Tanrattana et al., 2020. Valeurs calculées sur paleolatitude.org van Hinsbergen et al., 2015 pour 43,186° N et 3,102° E, exportées le 28 septembre 2026.

La paléolatitude dépend du référentiel paléomagnétique retenu, c'est-à-dire du modèle qui reconstitue la position passée des plaques à partir de l'aimantation fossile des roches. Dans les deux que propose paleolatitude.org, Armissan se tient vers 36 à 37° N à la limite Éocène-Oligocène van Hinsbergen et al., 2015. Le déplacement vers le nord sur l'ensemble de l'Oligocène est d'environ un degré: 1,2° selon Torsvik et al. Torsvik et al., 2012, 0,9° selon Vaes et al. Vaes et al., 2023. Il reste inférieur à la marge des calculs, de un à deux degrés et demi. La remontée vers la latitude actuelle, 43,2° N, appartient au Néogène. Entre la transition et les dalles, les deux référentiels donnent moins d'un degré de déplacement. Le refroidissement enregistré à Armissan ne s'explique donc pas, pour l'essentiel, par une dérive vers le nord. La comparaison avec Célas demanderait la paléolatitude de ce gisement, qui n'a pas été calculée ici.

La flore et ses ceintures Du plan d'eau aux hauteurs, d'après la liste des taxons

Les familles et les principaux genres du gisement

Ce climat portait une végétation, dont le gisement a gardé une partie. La liste des espèces reflète ce qui s'est conservé, et seulement en partie ce qui poussait.

De l'embranchement à l'espèce

Du tronc au genre, l'épaisseur des branches suivant le nombre de pièces

Les seize genres les mieux représentés L'épaisseur des branches suit le nombre de pièces conservées Plantae Bryophyta Mousses Pinophyta Conifères Magnoliophyta Angiospermes Bryophytes Pinaceae Cupressaceae Lauraceae Ericaceae Nymphaeaceae Sapindaceae Araliaceae Betulaceae Myricaceae Anacardiaceae Juglandaceae Aquifoliaceae Salicaceae Fabaceae Muscites Mousse, 7 pièces 1 Pinus Pin, 128 pièces 4 Sequoia Séquoia, 48 pièces 2 Laurus Laurier, 57 pièces 10 Cinnamomum Cannelier, 30 pièces 3 Andromeda Andromède, 56 pièces 5 Nymphaea (Lotos) Nénuphar, 47 pièces 6 Acer Érable, 45 pièces 7 Aralia Aralie, 38 pièces 8 Betula Bouleau, 38 pièces 9 Comptonia Comptonie, 32 pièces 11 Rhus Sumac, 21 pièces 12 Engelhardtia 19 pièces 13 Ilex Houx, 15 pièces 14 Populus Peuplier, 15 pièces 15 Calpurnia 12 pièces Épaisseur et hauteur proportionnelles à la racine carrée de l'effectif. La pastille donne le rang du genre, de 1 à 15.
Arbre construit sur l'export des deux catalogues. La section de chaque branche suit la racine carrée de l'effectif qu'elle porte, et les branches filles se partagent la section de leur mère au point de division. La racine carrée, faute de quoi les genres à une dizaine de pièces disparaîtraient devant les cent vingt-huit pièces de Pinus. La pastille donne le rang par effectif, de 1 pour Pinus à 15 pour Calpurnia; Muscites, seule mousse figurée, vient bien après, et n'est là que pour son embranchement. Les noms sont donnés sous leur forme valide: les nénuphars paraissent sous Nymphaea (Lotos), genre auquel la révision de 2013 rattache l'ancien Anoectomeria Butzmann & Fischer, 2013 MNHN, collections MHNT, collections.

Les vingt genres les plus nombreux

Répartition des pièces d'Armissan entre les genres déterminés

Pièces par genre, les vingt premiers Paris, MNHN Toulouse, MHNT 2 5 10 25 50 100 128 6 Acer 3 Andromeda 5 Anoectomeria 7 Aralia 8 Betula 17 Caesalpinites 15 Calpurnia 10 Cinnamomum 9 Comptonia 18 Dodonaeites 12 Engelhardtia 19 Entomolepis 13 Ilex 2 Laurus 16 Myrica 1 Pinus 14 Populus 11 Rhus 4 Sequoia 20 Thuiopsis
La pastille donne le rang par effectif, de 1 pour Pinus à 20 pour Thuiopsis. L'échelle radiale est en racine carrée: le rayon est proportionnel à la racine de l'effectif, de sorte que les petites valeurs restent lisibles. Les cercles portent leur valeur, le dernier étant l'effectif maximal. Cent genres sont déterminés au total, pour 804 pièces; les vingt premiers en portent 643. Soixante genres ne comptent qu'une ou deux pièces et ne sont pas figurés ici. Les deux polygones ne reposent pas sur la même base: le diagramme ne porte que sur les pièces déterminées jusqu'au genre, soit la quasi-totalité du fonds parisien mais un peu plus de la moitié du fonds toulousain. L'écart de surface entre les deux tracés mesure en partie un écart de détermination. Les mentions Incertae sedis et Phyllites, qui ne sont pas des genres, sont exclues. Pinus domine à Paris, Andromeda et Comptonia à Toulouse MNHN, collections MHNT, collections.

La flore compte des conifères, dont des Taxodiaceae et plusieurs Pinus représentés par leur feuillage et leurs cônes, ainsi que Callitris. Elle compte aussi Myrica, Engelhardtia, Ilex, Myrsine, Berberis, Ficus, Zanthoxylon, Quercus, Celtis, Ulmus, Acer et Populus Tanrattana et al., 2020.

La thèse de Doncieux, citée par la notice géologique, parle de plus de 170 espèces décrites par Saporta Doncieux, 1903, Lespinasse, 1982. L'analyse de 2020 retient 93 unités taxinomiques exploitables. Les deux chiffres ne mesurent pas la même chose: le premier compte des noms publiés, le second des morphotypes foliaires distincts et codables. Les valeurs plus élevées qui circulent parfois ne sont adossées à aucune source que nous ayons pu consulter.

Deux termes reviennent dans la liste qui suit: calcaire lacustre et assemblage. Leur définition est au glossaire.

D'après la composition, on distingue trois ceintures autour du plan d'eau. Cette reconstitution est classique, elle repose sur les exigences écologiques des plantes actuelles de comparaison et sur la position habituelle de ces plantes dans un paysage lacustre.

  • Dans l'eau. Une flore aquatique dominée par les Nymphaeaceae. Les fruits décrits par Saporta sous le nom d'Anoectomeria appartiennent à Nymphaea, sous-genre Lotos Butzmann & Fischer, 2013. Ces plantes exigent une eau calme et peu profonde.
  • Sur les rives. Une forêt dense, mêlant Lauraceae, Juglandaceae avec Engelhardtia, Myricaceae, Ulmaceae, Salicaceae et Acer. C'est la ceinture la mieux représentée dans le gisement, ce qui n'a rien d'étonnant: ses feuilles tombaient directement dans l'eau. Les genres rangés ici sur les rives totalisent 366 pièces dans les deux collections, contre 194 pour ceux des hauteurs et 55 pour ceux de l'eau MNHN, collections MHNT, collections. Le classement porte sur les ceintures, non sur les genres pris un à un.
  • Sur les hauteurs. Des conifères, Pinus et Cupressaceae dont Callitris. Leurs organes ont parcouru une distance avant d'atteindre le lac, mais cônes et graines ailées voyagent bien, et Pinus est le genre le plus fourni des deux collections. Ce total tient pour partie au découpage de Saporta, qui a réparti ces pièces entre vingt-huit espèces.
Le terme de forêt tropicale, parfois employé pour la ceinture de rive, est à écarter. Le climat reconstitué est subtropical avec une saison froide marquée, et la végétation est qualifiée de tempérée chaude dans la littérature. La présence de palmiers, souvent avancée à l'appui de la lecture tropicale, est bien attestée: la liste floristique de 1892 porte Sabalites major, dont la forme exacte est Sabalites major (Unger) Saporta, 1865 Read & Hickey, 1972, et ses auteurs disent avoir vu extraire une grande feuille de palmier lors de leur visite aux carrières Carbou & Chartier, 1892. Saporta en précise le niveau et la fréquence: le palmier vient des couches marneuses qui servent de toit aux dalles, et il y est très rare Saporta, 1865b. Il n'appartient donc pas au niveau qui a livré l'essentiel de la flore. Il ne rend pas la flore tropicale pour autant. Sabalites est un genre de forme, créé pour des feuilles palmées isolées qu'aucun genre vivant ne permet de nommer, et des palmiers croissent aujourd'hui hors des tropiques. Une feuille d'Armissan est conservée au Muséum de Toulouse, cotée MHNT.PAL.2015.0.65 MHNT, collections. Le catalogue la range sous Sabal major, c'est-à-dire sous un genre de palmiers américains vivants, là où la révision de référence place ces feuilles dans le genre de forme Sabalites et déconseille de les attribuer à un genre actuel sans identification indiscutable Read & Hickey, 1972.

à retenir

Un lac peu profond, bordé d'une forêt dense à feuilles persistantes et caduques mêlées, dominant des pentes à conifères. Des étés chauds et arrosés, des hivers doux à frais dont la méthode ne mesure pas les pluies.

Les espèces les plus représentées Quatorze genres, cinquante-huit planches, sous les noms de Saporta

Planches

Les noms sont ceux d'origine, tels que leurs auteurs les ont publiés. Plusieurs ont été révisés depuis, à commencer par Anoectomeria. Chaque planche est un spécimen de référence conservé au Muséum national d'Histoire naturelle MNHN, collections ou au Muséum d'Histoire naturelle de Toulouse MHNT, collections. Le statut de leur nom varie: holotype quand un seul exemplaire a fondé le nom, syntype quand l'auteur en a utilisé plusieurs sans en distinguer aucun, et parfois lectotype choisi longtemps après, comme pour les nénuphars en 2013.

✦ ✦ ✦

Le classement suit les trois ceintures de végétation décrites plus haut, et non l'ordre alphabétique. Les numéros renvoient au schéma ci-dessus. Cette répartition est une reconstruction: elle repose sur les exigences écologiques des plantes actuelles de comparaison, non sur une observation de terrain.

Où sont les pièces, et ce que chaque fonds permet

Les collections d'Armissan à Paris et à Toulouse

Les plaques d'Armissan sont partagées principalement entre deux muséums, et le partage n'est pas un hasard de dispersion: les deux fonds se sont formés par des chemins différents, et ils se complètent presque terme à terme. Les chiffres qui suivent viennent de leurs catalogues MNHN, collections MHNT, collections. Ils décrivent l'état des bases en ligne, c'est-à-dire la part numérisée et saisie des deux fonds, non leur contenu physique. Les tiroirs contiennent davantage, et les colonnes renseignées ne sont pas les mêmes d'un établissement à l'autre. Ces nombres sont des planchers, à lire comme tels.

Deux fonds, deux profils Ces chiffres portent sur la part numérisée et saisie des bases en ligne, non sur le contenu physique des collections. Ce sont des planchers. Les deux colonnes n'ont pas le même dénominateur: l'extraction parisienne ne distingue pas la flore de la faune, la toulousaine le fait. Les lignes concernées le précisent.
 Paris, MNHNToulouse, MHNT
Fiches sous la provenance Armissan657680
dont collection de paléontologie619677
dont flore616510
dont faune3167
dont échantillons de roche7, hors paléontologie3
Noms distincts20772
Pièces par nom3,07,1
Pièces portant un genre512 sur 655 fiches280 sur 510 pièces de flore
Pièces sans genre143, dont 71 vides, 40 Incertae sedis, 32 Phyllites230, dont Plantae sp. 133 et Magnoliophyta sp. 69
Déterminations arrêtées au genre (sp.)4 %30 %
Datation portée au catalogueAquitanien sur un peu plus de la moitiéChattien sur 510 pièces de flore sur 510
Genres représentés8127
Spécimens types signalés15, plus 139 figuréschamp absent du fichier
Collections d'origineSaporta 421, Gervais 117, Tournal 39, Brongniart 15, Saemann 13, Requien 1Marty 155, Devèze 84, Chalande 50, Noulet 47

Paris tient la collection de travail des auteurs qui ont décrit les espèces. Elle porte trois pièces par nom en moyenne, contre sept à Toulouse, et trois fois plus de genres. L'écart se lit aussi dans le détail: Rhus compte vingt pièces à Paris contre une à Toulouse, Ilex et Populus quatorze contre une, tandis qu'Andromeda fait quarante-deux plaques à Toulouse et quatorze à Paris.

Les deux fonds ne nomment pas avec la même finesse. Trente pour cent des pièces déterminées de Toulouse s'arrêtent au genre, contre quatre pour cent à Paris. Les quarante-deux Andromeda toulousains se répartissent ainsi: vingt-deux Andromeda sp., dix-huit A. narbonensis, deux autres. Les quatorze de Paris portent six noms différents. Pour Pinus, Toulouse aligne trente-cinq pièces sous six noms dont vingt et un Pinus sp., Paris quatre-vingt-treize sous vingt-huit noms. Une part de l'écart entre les deux muséums tient au degré de détermination des pièces plutôt qu'à ce qui a été ramassé.

C'est à Paris que se trouvent les pièces qui portent les noms: cinq holotypes, deux syntypes, un lectotype et sept fiches marquées type sans que la variété soit précisée. S'y ajoutent cent trente-neuf spécimens figurés, c'est-à-dire reproduits sur une planche publiée. Près d'un quart des fiches de paléontologie renvoie à un texte imprimé. Le lectotype est l'Anoectomeria brongniartii numéro 11100, et la base porte le nom de ceux qui l'ont désigné en 2013 Butzmann & Fischer, 2013. Cinq des types viennent de la collection Tournal, dont les Comptonia dryandraefolia et les Pinus pseudo-strobus de l'envoi que Brongniart décrit en 1828 Brongniart, 1828b. Un sixième, le type de Betula dryadum, a suivi un autre chemin: il vient du cabinet d'Esprit Requien, le naturaliste d'Avignon.

Quarante-sept fiches parisiennes désignent un moulage et vingt-trois un original, les autres ne le disent pas: une part du fonds est une copie. Et l'extraction rassemble des pièces de sept collections différentes, dont trois peaux d'oiseaux actuels au département de zoologie, deux planches d'herbier et un échantillon de gypse. Ces pièces-là ne viennent pas des dalles: elles partagent seulement le nom de la commune. C'est la meilleure démonstration de ce qu'une provenance de catalogue enregistre.

Toulouse tient la mémoire de la récolte locale. Les fonds portent les noms de ceux qui ramassaient sur place: Gustave Marty pour 155 pièces, Henri Devèze pour 84, Jules Chalande pour 50, Jean-Baptiste Noulet pour 47. Le deuxième nom est celui d'un exploitant: Devèze tenait en 1930, avec Alengry, la première des deux carrières au nord du village, celle qu'on rencontre en venant d'Armissan Calmet, 1930, comme le rapporte le passage sur la carrière. En 1878, Noulet présente Henri Devèze comme le fils du propriétaire des carrières du Nord Noulet, 1878: les quatre-vingt-quatre plaques sont entrées au muséum par la famille qui les faisait extraire. Noulet a donné le nom de Devèze à deux mollusques du gisement, Sphaerium devezei et Cyclas devezei, conservés dans le même fonds. Les plaques passent ici directement du front de taille à la vitrine. Et c'est là que se trouve presque toute la faune du gisement, cent soixante-sept pièces: des poissons pour l'essentiel, mais aussi des tortues, des crocodiliens, des mollusques, un oiseau décrit par Gervais en 1862 et deux pièces d'anthracothère. Celles-ci font exception: ce sont sans doute les fragments de mâchoire que Devèze acquit en 1876 pour le muséum, trouvés dans une couche de la colline nord-ouest, au-dessus des dalles, et que Noulet décrit en 1878 Noulet, 1878. L'espèce sert de repère au Chattien ancien Fauré, 2026. La base parisienne ne recense que trois pièces de faune: la libellule de Nel, une mouche du genre Plecia et un insecte indéterminé. Le Muséum en conserve davantage: Priem y examinait en 1914 des poissons d'Armissan cotés 1870-561 et 1872-246, et un autre donné par Tournal Priem, 1914.

Le premier de ces fonds par la taille est aussi le moins bien décrit. Des cent quarante-quatre pièces de flore entrées par Gustave Marty, une seule porte un genre, un Carpinus. Les cent quarante-trois autres sont inventoriées Plantae sp. ou Magnoliophyta sp. Les fonds Devèze, Chalande et Noulet sont dans la situation inverse, déterminés à quatre-vingt-cinq pour cent et plus. Toute comparaison de composition entre Paris et Toulouse laisse de côté le plus gros lot toulousain, sans qu'on sache ce qu'il contient.

Les genres où Toulouse l'emporte ne viennent pas d'un seul récolteur: les quarante-deux Andromeda se répartissent sur quatre fonds, les vingt-cinq Comptonia aussi. L'écart tient à la manière de nommer, et à ce qui n'a pas été nommé du tout.

Les deux catalogues enregistrent une provenance de commune, Armissan. Le banc n'y figure pas. C'est l'usage des collections, et il faut le savoir pour lire leurs datations: Paris porte l'Aquitanien sur un peu plus de la moitié de ses fiches, le reste étant vide, héritage de la chronologie de Saporta lui-même; Toulouse porte le Chattien, qui correspond aux niveaux supérieurs de la série. Ni l'un ni l'autre ne se rapporte aux vingt-huit centimètres de l'assise à empreintes, dont l'âge est établi plus haut.

Le contenu de chaque lit

Les trois ceintures qui suivent décrivent une position autour du lac. La série, elle, se lit de bas en haut. L'assise exploitée fait environ vingt-huit centimètres, partagée en deux bancs de quatre lits chacun, les lits étant séparés entre eux par des lits plus marneux et bitumineux qui leur servent de toit. Les empreintes ne sont pas dispersées dans la masse: elles apparaissent sur les surfaces que la pierre livre en se fendant. On les retrouve entre les feuillets des dalles, et à la surface des plaques une fois celles-ci débitées. Carbou et Chartier reproduisent en 1892 une répartition des fossiles dans cette épaisseur, qu'ils attribuent à Saporta Carbou & Chartier, 1892.

Distribution des fossiles dans la série, de bas en haut Les niveaux nommés sont les interfaces de clivage entre les huit lits de dalles, sauf mention contraire. Observation qualitative de carrière, sans dénombrement. Aucune pièce de collection ne porte son niveau d'origine.
NiveauCe qu'on y trouve
Marnes bitumineuses et lignites, sous l'assiseTrès peu de plantes, mais de nombreux Planorbis cornu et Limnaea cornea (escargots d'eau douce, planorbe et limnée)
Calcaires marneux qui recouvrent ces marnes, sous l'assiseMême contenu
Assise des dalles, 28 cm: deux bancs de quatre lits Calmet, 1930
Entre le 1er et le 2e litQuelques poissons et les feuilles de Nymphaeites brongniartii, l'Anoectomeria de Saporta
Entre le 3e et le 4e litTrès peu de plantes
Entre le 4e et le 5e lit, limite des deux bancsAralia herculis
Dans l'épaisseur du 6e litLes espèces les plus rares. Les dalles laissées longtemps à l'air s'ouvrent d'elles-mêmes
Entre le 6e et le 7e litPauvre
Entre le 7e et le 8e litRetour des feuilles de Nymphéacées
Fin de l'assise des dalles
Marnes grisâtres, au-dessusQuantités de poissons, quelques reptiles aquatiques, de rares débris d'oiseaux, des vestiges d'insectes plus rares encore

Deux des genres présentés plus bas sont ainsi placés dans la série: les nénuphars entre le 1er et le 2e lit puis entre le 7e et le 8e, l'aralie entre le 4e et le 5e. Les douze autres n'ont pas de position connue. Les Nymphéacées encadrent la séquence, l'aralie occupe le milieu.

Cette répartition reste une observation de carrière du XIXe siècle, rapportée d'après Saporta, sans comptage et sans coordonnées.

Dans l'eau

Une flore aquatique enracinée dans le fond, dont les feuilles flottent en surface. Elle exige une eau calme et peu profonde, et c'est elle qui témoigne le plus directement du plan d'eau lui-même.

5

Nymphéas

Magnoliophyta · Nymphaeales · Nymphaeaceae · Anoectomeria, révisé en Nymphaea

Anoectomeria brongniartii Saporta, 1865 → Nymphaea (Lotos) brongniartii (Caspary, 1856) Saporta, 1865 emend. Butzmann & Fischer, 2013

Ce que Saporta décrit sous le nom d'Anoectomeria est un nénuphar. La révision de 2013 rattache ces fruits au genre Nymphaea, celui des nénuphars actuels, dans le sous-genre Lotos Butzmann & Fischer, 2013. Le genre Anoectomeria disparaît.

Saporta décrit ces fruits en 1865 sur quatre exemplaires, sans désigner d'holotype. La révision de 2013 fait de l'un d'eux, MNHN 11100, le lectotype, et range les trois autres, MNHN 11113, 11098 et 12754, parmi les syntypes Butzmann & Fischer, 2013. Ce qui manquait à Saporta, ce sont les graines: sur ses exemplaires elles n'étaient pas conservées, et il a lu le fruit comme une capsule faite d'éléments ovales, ce qui l'a conduit à créer un genre. Des exemplaires munichois portant les graines ont permis de reprendre la lecture. Le caractère décisif est la manière dont le fruit s'ouvre, qui laisse un disque stigmatique caractéristique, identique chez les nénuphars actuels du sous-genre Lotos. Trois espèces se ramènent ainsi à une seule: A. nana et A. media, créées par Saporta en 1889 et 1891, et A. brongniartii, dont l'épithète est de Caspary, 1856, Saporta n'ayant fait que la recombiner sous son genre. La révision porte sur l'ensemble du matériel réuni sous ce nom, qui ne comprenait pas que des fruits: Saporta y avait rangé aussi un rhizome, des feuilles et des graines isolées. C'est le genre de forme à l'œuvre, un même nom pour des organes qu'aucune connexion ne relie.

Ces fruits donnent au sous-genre Lotos un âge minimal oligocène. Un fossile ne date pas une séparation de lignées, il en fixe une borne inférieure: Lotos étant présent à l'Oligocène, sa séparation d'avec le sous-genre voisin Hydrocallis est au moins aussi ancienne, alors que les horloges moléculaires la plaçaient vers 11,3 millions d'années, à 7,8 près. Les auteurs relèvent que leur résultat s'accorde avec les arbres phylogénétiques fondés sur les données moléculaires et qu'il permet d'en améliorer le calage Butzmann & Fischer, 2013.

Les autres plantes de l'eau

Taxons aquatiques d'Armissan sans fiche dans cette galerie

Le nénuphar n'est pas seul. L'inventaire du Muséum et la liste dressée en 1892 en nomment quatre autres, du fond du plan d'eau à sa bordure immédiate.

TaxonCotePosition dans l'eau
Nymphaeites palaeopygmaeus SaportaMNHN-F-11116 figuré et 11117; MHNT.PAL.VEG.2002.1Un second nénuphar, de petite taille
Potamogeton equisetiformis SaportaMNHN-F-16105 figuréHerbier submergé, eau peu profonde
Equisetum lacustre Saporta, 1863MNHN-F-11095Prêle de bordure, l'épithète dit le milieu
Fontinalis sp.MNHN-F-11132Mousse aquatique fixée
Sparganium valdense et S. stygium HeerListe de 1892Rubaniers de rive, les pieds dans l'eau

Saporta décrit la scène: l'eau de la rive venait clapoter entre les touffes de Sparganium, balançant à sa surface les fleurs et les feuilles des Nymphéacées de grande taille, dont on a retrouvé les rhizomes, les fruits et les graines Carbou & Chartier, 1892.

Equisetum lacustre Saporta, 1863

Collection Gaston de Saporta, Muséum national d'Histoire naturelle, MNHN-F-11095 MNHN, collections. La tige striée et la couronne de rameaux grêles insérés à un même niveau sont la signature des prêles, dont les rameaux naissent en verticille à chaque nœud. L'épithète dit le milieu que Saporta lui attribuait, et le port confirme une plante de bordure, les pieds dans l'eau peu profonde.

Les cotes viennent de l'inventaire en ligne du Muséum MNHN, collections, la liste des espèces du bulletin de 1892. Fontinalis est une détermination portée par la base: la liste de 1892 ne nomme que des Muscites, sans distinguer d'espèce aquatique. Aucun de ces taxons n'a été réexaminé depuis Saporta.

Sur les rives

La forêt de bordure, la mieux représentée du gisement: ses feuilles tombaient directement dans l'eau. Elle mêle des lignées à feuilles persistantes, lauriers et houx, et des lignées à feuilles caduques dites arctotertiaires, venues des hautes latitudes du nord, érables, bouleaux, peupliers.

10

Camphrier

Magnoliophyta · Lauraceae · Cinnamomum

Cinnamomum polymorphum

11

Cannelier

Magnoliophyta · Lauraceae · Cinnamomum

Cinnamomum lanceolatum

2

Laurier

Magnoliophyta · Lauraceae · laurus

Laurus superba, Laurus resurgens

13

Engelhardtia

Magnoliophyta · Juglandaceae · Engelhardtia

Engelhardtia brongniartii, Engelhardtia oxyptera

9

Comptonie

Magnoliophyta · Myricaceae · Comptonia

Comptonia dryandraefolia

8

Aralie

Magnoliophyta · Araliaceae · Aralia

Aralia hercules, Aralia ilicifolia

15

Houx

Magnoliophyta · Aquifoliaceae · Ilex

Ilex horrida, Ilex acuminata, Ilex rigida

6

Erable

Magnoliophyta · Sapindales · Sapindaceae · Acer

Acer narbonense

7

Bouleau

Magnoliophyta · Betulaceae · Betula

Betula dryadum, Betula cuspidens

14

Peuplier

Magnoliophyta · Salicaceae · Populus

Populus sclerophylla, Populus palaeomelas

12

Sumac

Magnoliophyta · Anacardiaceae · Rhus

Rhus palaeocotinus, Rhus atavia

3

Andromède

Magnoliophyta · Ericales · Ericaceae · Andromeda

Andromeda narbonensis

Sur les hauteurs

Les conifères des pentes. Ils sont sous-représentés dans les dalles, parce que leurs organes devaient parcourir une distance avant d'atteindre le lac. Chaque cliché de pin ou de séquoia compte plus qu'un cliché de laurier.

1

Pin

Coniferophyta · Pinaceae · Pinus

Pinus pseudo-strobus, Pinus fallax, Pinus echinostrobus, Pinus tenuis

4

Séquoia

Coniferophyta · Cupressaceae · Sequoia

Sequoia tournalii, Sequoia couttsiae

Les relations avec les plantes d'aujourd'hui Quatorze genres fossiles, leurs plantes actuelles de comparaison et leurs aires

Méthode

Chaque espèce décrite par Saporta est ici mise en regard d'une espèce vivante, sa plante actuelle de comparaison. Ces rapprochements ne sont pas des filiations. L'espèce de comparaison est choisie pour sa ressemblance avec le fossile, et douze fois sur dix-huit dans le même genre. Elle suggère une parenté, sans rien dire d'une descendance. Ils servent uniquement de repères: une forme fossile peut ressembler suffisamment à une plante actuelle pour fournir un point de comparaison écologique, sans que les deux appartiennent à la même lignée directe. Le séquoia d'Armissan et celui de Californie portent le même nom de genre et ont des ancêtres communs, mais rien ne dit que le premier soit l'aïeul du second. La ressemblance elle-même peut être trompeuse: des feuilles de familles différentes, formées sous des climats voisins, prennent souvent des formes proches. Les espèces de comparaison sont, pour la plupart, celles que Saporta dresse dans le tableau final de sa flore Saporta, 1865b. C'est le repère écologique, et non le fossile lui-même, qui permet ensuite de raisonner sur le climat et le paysage.

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Saporta procédait déjà de cette façon. Chez lui, « analogue » désigne une ressemblance, dont il tire des conclusions de deux sortes. À propos de la Nymphéacée d'Armissan, la ressemblance sert le paysage: la plante est « différente des nôtres par plusieurs caractères botaniques, mais analogue par son aspect aux espèces actuelles des pays chauds », et elle « devait s'étendre au loin, au sein des eaux déjà profondes, grâce à ses dimensions considérables » Saporta, 1865b, p. 19. Ailleurs, elle appuie une attribution, au conditionnel. Il retrouve la forme d'une graine « dans beaucoup de semences de Pins de la section Pseudo-Strobus » et juge « probable que cette semence appartient à quelqu'une des espèces de cette section » Saporta, 1865b, p. 80. Il ne cherchait pas à la flore d'Armissan un équivalent unique: pour en reconstituer le paysage, il fallait selon lui puiser dans plusieurs pays, le haut Mexique, la Californie, Madère et les Canaries, l'Abyssinie, le Népal, le Japon, les îles de la Sonde, le Brésil et l'Amérique équatoriale. Il répartissait ensuite les genres par région d'analogie. Les séquoias, les pins, les bouleaux, les érables, les Myricées et les Rhus renvoyaient aux parties chaudes ou tempérées de l'Amérique du Nord; les Laurinées, les Dracaena, les Myrsine et une partie des houx, aux Canaries; les Callitris et les Andromeda, à l'Afrique; les Cinnamomum, les Populus, les Engelhardtia et les Araliacées, à l'Asie méridionale et à l'archipel indien; l'Aralia hercules, enfin, au Brésil, aux Antilles et à la Nouvelle-Grenade Saporta, 1865b. Ses noms mêmes portent certains de ces rapprochements: Andromeda (Leucothoe) narbonensis, Aralia (Oreopanax) hercules Carbou & Chartier, 1892. Calmet reprend ce tableau en 1930 Calmet, 1930.

Deux de ces quatorze genres sont de mauvais repères. Sur environ six cents flores fossiles traitées par la méthode de coexistence, Sequoia et Comptonia ressortent comme les deux taxons qui faussent systématiquement les reconstitutions paléogènes de moyenne latitude européenne, tous deux vers le froid: le premier donne une enveloppe de 9 à 15 °C, le second de 3 à 15 °C Utescher et al., 2014. Les deux plafonds tombent sous les 16,2 °C que CLAMP donne pour Armissan. Chaque fiche dit pourquoi. Cette réserve ne touche pas les valeurs retenues ici: elle vise les méthodes qui raisonnent à partir du plus proche parent vivant, alors que CLAMP procède sans taxon, en ne codant que la forme des feuilles Tanrattana et al., 2020. Ce constat porte sur des aires actuelles et sur une méthode, non sur ce que ces plantes supportaient au Rupélien, que personne ne mesure. Les représentants actuels de ces deux genres ne vivent plus nulle part où il fait aussi doux qu'à Armissan il y a une trentaine de millions d'années. Rien n'établit que le genre ne tolérait pas alors une amplitude plus large.
L'exercice ci-dessous ne met en relation qu'une part réduite des éléments qui conduisent à proposer une espèce actuelle de comparaison. Le paléobotaniste s'appuie sur l'ensemble des caractères de l'empreinte: forme du limbe, nervation, fleur, fruit, stade de croissance. Les feuilles d'une même espèce varient aussi avec le climat local, le sol ou l'exposition, et le raisonnement en tient compte.

La carte ci-dessous porte la localisation et le biome des espèces actuelles de comparaison retenues pour celles identifiées sur les fossiles d'Armissan. Leur dispersion sur trois continents est le fait principal: aucune région du monde ne réunit aujourd'hui l'ensemble de cette flore.

Carte des biomes terrestres portant dix-sept repères numérotés: les aires natives actuelles des espèces actuelles de comparaison retenues pour la flore fossile d'Armissan, réparties sur l'Amérique du Nord, l'Amérique centrale et du Sud, la Macaronésie, l'Afrique tropicale, l'Asie centrale, l'Himalaya, l'Asie orientale et du Sud-Est.

Carte large: faites défiler horizontalement.

Aires natives des espèces de comparaison, reportées sur la carte des biomes. Les numéros sont ceux des fiches ci-dessous et de la galerie des espèces. Aucune région du monde ne réunit aujourd'hui cet ensemble.

Les deux repères en ambre, le séquoia et la comptonie, sont de mauvais indicateurs écologiques: voir la réserve sous les fiches correspondantes.

Clé des biomes
  • Roche et glace
  • Toundra
  • Taïga
  • Prairies et terres arbustives de montagne
  • Forêts de conifères tempérées
  • Forêts tempérées décidues et mixtes
  • Prairies, savanes et terres arbustives tempérées
  • Forêts de conifères tropicales et subtropicales
  • Forêts décidues humides tropicales et subtropicales
  • Forêts décidues sèches tropicales et subtropicales
  • Prairies, savanes et terres arbustives tropicales
  • Forêts, terres boisées et broussailles méditerranéennes
  • Déserts et terres arbustives xériques
  • Prairies et savanes inondées
  • Mangroves

Fond de carte: Biomes of the world, versions anglaise et française par Terpsichores, d'après le découpage des biomes terrestres du WWF. Licence Creative Commons Attribution – Partage dans les Mêmes Conditions 3.0 Non Transposé. Modifications: tracés simplifiés, légendes sorties de l'image, report numéroté des aires natives des espèces de comparaison d'Armissan. Distribué sous la même licence.


Pinaceae

1

Les pins

Coniferophyta · Pinaceae · Pinus

Pinus est le genre le plus riche en espèces dans la flore d'Armissan décrite par Saporta. Plus de la moitié des pins auxquels il donne une espèce de comparaison renvoient à une espèce du Mexique Saporta, 1865b.

Lauraceae

Trois entrées appartiennent à cette famille: Laurus et deux espèces de Cinnamomum. Toutes trois ont aujourd'hui leur espèce de comparaison hors d'Europe continentale.

2

Les lauriers vrais

Magnoliophyta · Lauraceae · Laurus

Le nom « laurier » désigne couramment des plantes qui n'appartiennent pas au genre Laurus.

Essence principale de la laurisylve, forêt subtropicale des milieux frais et humides qui couvrait avant les glaciations la plus grande partie du pourtour méditerranéen, la laurisylve ne subsiste aujourd'hui que dans les îles de la Macaronésie; le laurier-sauce, Laurus nobilis, vit encore autour de la Méditerranée. L'espèce de comparaison retenue n'est pas un Laurus mais un Persea, autre Lauracée de la laurisylve, que Saporta cite parmi les Laurinées comparables Saporta, 1865b.

10

Les camphriers

Magnoliophyta · Lauraceae · Cinnamomum

11

Les canneliers

Magnoliophyta · Lauraceae · Cinnamomum

Ericaceae

3

Les agaristes (leucothoës)

Magnoliophyta · Ericales · Ericaceae · Andromeda

Le genre Andromeda ne compte plus aujourd'hui qu'une seule espèce, la plupart des autres ayant été transférées vers d'autres genres. Les espèces d'Armissan ont été placées dans le genre Leucothoë.

Cupressaceae

4

Les séquoias

Coniferophyta · Cupressaceae · Sequoia

Le rapprochement ci-dessous est le moins fiable de tous. Sequoia figure parmi les taxons dont le parent vivant fausse systématiquement les reconstitutions climatiques dans les paléoflores paléogènes d'Europe moyenne: son enveloppe, de 9 à 15 °C, donne des valeurs trop froides, et le genre y est présenté comme réduit à une seule espèce, survivante d'une aire autrefois plus vaste. L'article ajoute deux observations sur ce parent vivant. Le séquoia de Californie absorbe l'eau directement des nuages par ses feuilles, là où le brouillard côtier atteint son feuillage: les relevés de pluie de son aire sous-estiment alors l'humidité dont il dispose. Et le genre s'est adapté depuis, au Cénozoïque tardif, à des climats à saison sèche Utescher et al., 2014. Les exigences de l'arbre de Californie ne sont pas forcément celles de l'arbre rupélien. Le doute remonte à Saporta lui-même. Pour lui, aucun séquoia fossile ne se rapproche davantage du séquoia géant que celui d'Armissan, qu'il range comme une variété, polymorpha, du Sequoia couttsiae décrit par Heer dans les lignites de Bovey. Mais ses fruits « s'éloignent à la fois de ceux des deux espèces actuelles »: plus petits et plus ronds que ceux du séquoia géant, portant moins d'écailles que ceux du séquoia toujours vert, et différents des deux par leurs écailles en tête de clou élargie Saporta, 1865b. Calmet reprend ce constat en 1930 Calmet, 1930. Pour le Sequoia tournalii, Saporta retient le séquoia toujours vert, dont l'espèce fossile est « encore plus voisine ». La ressemblance est nette pour les rameaux, et les fruits ouverts en retracent la physionomie. Mais leur disposition n'a pas d'équivalent actuel: réunis le plus souvent par trois à sept, ils terminent des rameaux spécialisés, couverts de feuilles en écailles, probablement vers le haut de l'arbre, une particularité qui « ne se retrouve pas dans les Sequoia actuels » Saporta, 1865b.

Nymphaeaceae

5

Les nymphéas

Magnoliophyta · Nymphaeales · Nymphaeaceae · Anoectomeria

Le genre Nymphaea, sous-genre Lotos, contient deux espèces africaines (N. lotus, N. petersiana) et deux asiatiques (N. pubescens, N. rubra).

Sous le genre Anoectomeria, Saporta décrit une espèce aujourd'hui disparue, Anoectomeria brongniartii, qui peut être classée dans le genre Nymphaea, sous-genre Lotos, et rapprochée de l'espèce actuelle Nymphaea lotus.

Anoectomeria brongniartii → Nymphaea (Lotos) brongniartii

Sapindaceae

6

Les érables

Magnoliophyta · Sapindales · Sapindaceae · Acer

Betulaceae

7

Les bouleaux

Magnoliophyta · Betulaceae · Betula

Araliaceae

8

Les aralies

Magnoliophyta · Araliaceae · Aralia

Myricaceae

9

Les comptonies

Magnoliophyta · Myricaceae · Comptonia

Anacardiaceae

12

Les sumacs

Magnoliophyta · Anacardiaceae · Rhus

Certains Rhus vénéneux ont été reclassés dans le genre Toxicodendron.

Juglandaceae

13

Les engelhardtias

Magnoliophyta · Juglandaceae · Engelhardtia

À l'inverse de Sequoia et de Comptonia, ce genre est tenu pour un repère fiable: ses sept espèces actuelles couvrent plusieurs zones climatiques, du tropical au tempéré chaud, et se maintiennent dans des milieux variés Utescher et al., 2014.

Salicaceae

14

Les peupliers

Magnoliophyta · Salicaceae · Populus

Aquifoliaceae

15

Les houx

Magnoliophyta · Aquifoliaceae · Ilex

à retenir

Quatorze genres, dix-huit espèces de comparaison, trois continents. Aucune région du monde ne réunit aujourd'hui cette flore, ce qui interdit de chercher un équivalent moderne d'Armissan et oblige à raisonner genre par genre. Deux de ces espèces de comparaison, le séquoia et la comptonie, sont de mauvais indicateurs pour du matériel paléogène. Et ces rapprochements reposent tous sur des déterminations de 1865.

La carrière et ce qu'elle a laissé Le gisement est fermé, les collections restent ouvertes

La carrière

Le gisement n'est plus accessible et rien n'y sera prélevé de neuf. L'exploitation a laissé une pierre à escaliers, des plaques mises de côté sur le plancher d'un atelier, et les tiroirs de deux muséums. C'est ce mode d'extraction qui a fixé ce que nous pouvons encore savoir, et ce que nous ne saurons plus.

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Très régulièrement fissile, à grain dur, elle se divise en plaques de vingt-cinq à trente millimètres et prend un beau poli, d'une couleur gris-bleu; on en faisait des dalles, des tablettes de cheminée et surtout des marches d'escalier Carbou & Chartier, 1892. Les noms des exploitants disent de quelle carrière parle chaque témoin. Jusqu'en 1857, il n'y en a qu'une, au fond de la vallée, au sud du village: Raulin la voit en 1849, d'Archiac la dit immémoriale Raulin, 1856 Archiac, 1857. C'est la carrière portée en 1 sur la vue aérienne. En 1858 et en 1862, Devèze, Bousquet et Planès achètent le tréfonds de trois parcelles au nord du village Sirey, 1889. En 1865, Saporta note que l'exploitation s'est étendue depuis peu et que la carrière principale appartient à MM. Bousquet, avec M. Devèze pour associé Saporta, 1865b. Ces noms désignent l'exploitation nouvelle du nord. La société est dissoute en 1868. En 1878, Noulet nomme carrières du Nord celles que tient la famille Devèze, et précise que les assises y sont débitées en dalles hors des galeries Noulet, 1878. En 1888, la carrière d'où viennent les pièces de Munich est tenue par Devèze et Cie Butzmann & Fischer, 2013. En 1891, cinq ou six exploitants tirent la pierre; deux propriétaires, Devèze et Jules Bousquet, font visiter leurs carrières à la Société d'étude des sciences naturelles de Béziers Sol, 1891. Vers 1930, Calmet compte trois carrières: au sud, celle de MM. Capide et Revel; au nord, deux carrières très voisines, la première en venant du village à MM. Alengry et Devèze, l'autre à M. Bousquet Calmet, 1930. Les noms Devèze et Bousquet, associés en 1858, se retrouvent en 1930 chacun à une carrière du nord, la 2 et la 3.

Un arrêt de cassation du 25 janvier 1886 donne le régime foncier de l'exploitation du nord Sirey, 1889. Le sol et le sous-sol y sont vendus séparément: les associés acquièrent le tréfonds des parcelles 450, 482 et 483, un tiers la superficie. Le banc de dalles s'attaque au numéro 482 et se poursuit sous le 483; les galeries passent d'une parcelle à l'autre, et les puits débouchent sur les parcelles voisines. Le litige, jugé en appel à Montpellier en 1882, naît du percement d'un puits sur une parcelle dont le tréfonds et la superficie n'appartenaient plus aux mêmes personnes. Une carrière souterraine se lit donc aussi dans les actes: le droit d'extraire ne donne pas celui d'ouvrir le sol. Ces trois parcelles se retrouvent sur le plan cadastral napoléonien d'Armissan, au pied est du Pech Cabanel, immédiatement au nord du village: 482 et 483 contiguës, 450 un peu à l'ouest. C'est le secteur porté en 2 sur la vue aérienne du site.

On suit les couches là où elles vont. Elles plongent vers le nord-ouest et l'ouest, sous les alluvions quaternaires de la plaine de Narbonne, et l'exploitation les accompagne par de profondes galeries: d'étroits couloirs de cinq à six cents mètres, descendant à raison de vingt-cinq centimètres par mètre Carbou & Chartier, 1892. Ce pendage tient au soulèvement des mamelons qui bordent le gisement au sud.

La technique est décrite par les anciens du village. Le plafond ne dépassait pas un mètre cinquante, et les visiteurs de 1891 mesurent la voûte à un mètre vingt; Viguier la donne de un mètre dix à un mètre trente Viguier, 1891: on travaillait à genoux, à l'outil à main. On dégageait d'abord les couches friables, le blot, puis on attaquait la dalle à la barre à mine et au coin de fer. La coupe de Noguès permet d'en estimer l'épaisseur: directement sur les dalles repose une couche argileuse dure de cinq centimètres, puis une couche argileuse d'un mètre, puis un calcaire blanc argileux de soixante centimètres Noguès, 1861. Ôter les deux premières donne une hauteur voisine de celle des galeries, sous un plafond calcaire. Aucune source ne fait ce rapprochement. Deux ou trois ouvriers seulement tenaient au front de taille. Il fallait trois ou quatre jours pour détacher une lauze de six à sept mètres sur un mètre cinquante à deux, qu'un chariot sur rails et un cheval au manège remontaient ensuite au jour Commune d'Armissan, s.d..

La lauze n'était pas fendue sous terre mais à l'atelier, où elle se divisait en six ou sept feuilles de quatre centimètres, sciées puis polies au sable et à la pierre ponce par des femmes et des enfants. Les carriers détachent chaque dalle aux coins, frappés tour à tour sur le pourtour; la séparation se fait d'un coup, et s'entend avant de se voir, par un faible bruit qu'ils savent reconnaître Viguier, 1891. Une dalle de dix mètres carrés donnait environ cent quarante marches. Les empreintes n'apparaissaient pas au fond de la galerie mais sur le plancher de l'atelier, au moment où la pierre s'ouvrait. Le clivage se fait d'autant mieux que le bloc contient encore son eau de carrière; exposées à l'air, les plaques durcissent. Et les dalles du sixième lit, celui des espèces les plus rares, s'ouvrent d'elles-mêmes si on les laisse longtemps dehors Carbou & Chartier, 1892. Les fossiles apparaissaient au fil des jours, dans la cour, à mesure que les plaques se fendaient. Le tri des fossiles s'est fait à l'atelier, entre les mains des scieurs et des polisseuses.

Le blot, ces couches friables écartées avant d'atteindre la dalle, partait au déblai. Or c'est dans les marnes grises que Calmet signale les poissons, les crocodiles, les tortues et les batraciens. La flore domine peut-être les collections parce que seule la pierre à escaliers passait par l'atelier. Noulet constate le déséquilibre dès 1878: les naturalistes n'ont guère étudié que les empreintes végétales des dalles, et la tranche qui les surmonte est restée négligée Noulet, 1878. Il n'en donne pas cette cause. La séparation des deux niveaux n'est d'ailleurs pas absolue: Raulin, qui visite en 1849, relève dans les dalles mêmes, avec les empreintes végétales, des Cyclades et des ossements de tortues Raulin, 1856. Noguès va plus loin en 1861: il place dans les dalles exploitées des oiseaux, des crocodiles, des tortues et des poissons, et sa coupe ne pose directement sur elles que deux couches argileuses, de cinq centimètres puis d'un mètre; sa seule marne, noirâtre, épaisse de vingt centimètres, se trouve un mètre soixante-cinq plus haut Noguès, 1861. Noulet, en 1878, place au contraire l'essentiel de cette faune au-dessus des dalles: la zone marneuse que les carriers appellent calcaire en formation livre surtout des restes d'oiseaux, de reptiles et de poissons Noulet, 1878. La séparation d'une pierre à plantes et d'un déblai à faune est une tendance, non une règle.

Les carrières sont aujourd'hui inaccessibles: les galeries ont été inondées et se sont effondrées, les entrées comblées Commune d'Armissan, s.d.. On ne peut plus y retourner. Les observations des sections précédentes reposent toutes sur des pièces prélevées au XIXe siècle et au début du XXe, par des gens qui ne se posaient pas nos questions.

à retenir

Le gisement d'Armissan n'existe plus comme lieu. La pierre, elle, n'a pas disparu: aux abords du stade, le long du chemin des Clottes, des Poujols à Pech Cabanel, les dalles refusées par l'atelier servent de murets aux vignes Commune d'Armissan, s.d..

Glossaire Termes techniques définis dans ce carnet

Aucun terme ne correspond à cette recherche.

  • Acclimatation(n.f.)botanique

    Adaptation d'une espèce à des conditions de milieu différentes de celles de son aire d'origine. Le mot désigne aujourd'hui un ajustement physiologique au cours de la vie d'un individu, sans transmission héréditaire. Au XIXe siècle, il englobait aussi ce que nous appellerions l'adaptation évolutive, et Saporta lui accordait un rôle essentiel dans la transformation des lignées végétales.

  • Accrétion océanique(n.f.)tectonique

    Fabrication de croûte océanique neuve le long d'une dorsale, où le magma remonte entre deux plaques qui s'écartent. Elle prend le relais du rifting: quand la croûte continentale, trop amincie, se rompt, l'étirement cesse et c'est le plancher océanique qui s'élargit. Au large du golfe du Lion, elle commence vers 20 Ma et permet la rotation, en sens inverse des aiguilles d'une montre, du bloc corso-sarde, qui s'éloigne du continent.

  • Alluvions(n.f.pl.)sédimentologie

    Dépôts laissés par un cours d'eau: graviers, sables, limons. Les cartes géologiques distinguent les alluvions récentes, qui tapissent le fond de vallée actuel et portent le lit du ruisseau, des alluvions anciennes, perchées en terrasses de part et d'autre et témoins d'un lit plus élevé. À Armissan, les premières occupent le cours du Mayral, les secondes le bordent au nord et au sud. Toutes sont quaternaires, donc plus jeunes de plus de vingt millions d'années que les dalles à empreintes.

  • Angiospermes(n.f.pl.)botanique

    Plantes à fleurs, dont les graines se forment à l'intérieur d'un ovaire clos qui deviendra le fruit. Elles s'opposent aux Gymnospermes, conifères et apparentés, dont les graines sont portées à nu sur une écaille. La quasi-totalité des plantes de la flore d'Armissan en relève, à l'exception des pins et des Cupressacées. Leur apparition brutale au Crétacé moyen a été le principal embarras de Darwin devant sa propre théorie.

  • Aquitanien(n.m.)stratigraphie

    Premier étage du Miocène, de 23,04 à 20,44 millions d'années. Il suit immédiatement l'Oligocène. Dans le bassin de Narbonne-Sigean, une partie du remplissage lui appartient: les calcaires lacustres de Sigean ont livré des rongeurs de la biozone de Paulhiac, aquitanienne. Les dalles d'Armissan, elles, sont tenues pour nettement plus anciennes.

  • Arctotertiaire(adj.)paléoécologie

    Se dit des lignées végétales apparues aux hautes latitudes de l'hémisphère nord au Tertiaire, à feuilles le plus souvent caduques, qui migrent vers le sud à mesure que le climat se refroidit. À Armissan, les érables, ormes, peupliers et bouleaux en relèvent. Ils y côtoient des Lauraceae héritées des flores chaudes de l'Éocène: ce mélange est la signature de l'Oligocène européen. Le terme, forgé à la fin du XIXe siècle et répandu au milieu du XXe, suppose une flore homogène migrant en bloc vers le sud; la paléobotanique récente l'emploie avec prudence, les histoires de ces genres se révélant distinctes les unes des autres ( d'après Mai, 1995, lui-même transmis par Tanrattana et al., 2020.

  • Assemblage(n.m.)taphonomie

    Ensemble des restes fossiles retrouvés dans un même niveau. L'assemblage fossile est ce qui reste d'une communauté végétale après transport et conservation. Il n'en donne pas une image fidèle: à Armissan, les plantes de rive y sont surreprésentées.

  • Biome(n.m.)paléoécologie

    Ensemble d'écosystèmes terrestres partageant un même climat et une même physionomie végétale, indépendamment de la composition floristique. La forêt tempérée caducifoliée est un biome, la forêt tropicale humide en est un autre. La laurisylve macaronésienne, forêt subtropicale humide à feuilles persistantes et coriaces, est celui où survit aujourd'hui Laurus, genre présent à Armissan. Armissan est rattaché au biome tempéré chaud, celui qui remplace en Europe les forêts tropicales de l'Éocène.

  • Blot(n.m., usage local)carrières

    Nom donné à Armissan aux couches friables qui recouvrent la dalle exploitable et qu'il faut retirer avant de l'attaquer à la barre à mine et au coin de fer. Ce matériau part au déblai. Ailleurs dans le métier de la pierre, le même mot désigne au contraire le bloc extrait: l'emploi retenu ici est celui des carrières d'Armissan, tel que le rapportent les témoignages recueillis par la commune.

  • Bombement thermique(n.m.)tectonique

    Soulèvement large et lent d'une région, provoqué par la remontée de matériel chaud sous la croûte: la roche chauffée se dilate, devient moins dense, et la surface se relève. Il n'y a ni faille ni plissement, seulement un dôme de plusieurs centaines de kilomètres. Le golfe du Lion en offre un cas: la région reste haute pendant tout le rifting oligocène, alors même que des fossés s'y ouvrent, et ne s'affaisse qu'ensuite, quand l'anomalie thermique s'efface.

  • Brèche(n.f.)sédimentologie

    Roche formée de fragments anguleux cimentés. L'angle des fragments indique un transport très court, contrairement au poudingue dont les galets sont émoussés par le roulement. Dans le bassin de Narbonne-Sigean, les brèches s'accumulent au pied immédiat des reliefs qui le bordent.

  • Burdigalien(n.m.)stratigraphie

    Troisième étage du Miocène, de 20,44 à 15,98 millions d'années. Dans le Narbonnais, son sommet marque le retour de la mer sur un pays resté continental depuis l'Oligocène. Des molasses marines de cet âge affleurent aux Bugadelles, à l'est d'Armissan.

  • Calcaire lacustre(n.m.)sédimentologie

    Calcaire formé au fond d'un lac, par précipitation du carbonate dissous et par accumulation de restes d'organismes d'eau douce, charophytes et gastéropodes notamment. Il se distingue du calcaire marin par sa faune. Les dalles d'Armissan en sont un exemple, avec une teneur en argile qui les fait qualifier de calcaires marneux.

  • Calibration(n.f.)paléoclimatologie

    Jeu de végétations actuelles servant de référence à une méthode climatique. CLAMP en propose plusieurs, selon que le jeu de stations inclut ou non les stations à mousson d'Asie orientale. Pour Armissan, la calibration Asia1 est retenue, parce que la flore se place près de ces stations dans l'espace physionomique. Ce choix influe sur les valeurs obtenues, sans préjuger du climat réel du site.

  • Caloptérygidés(n.m.pl.)paléontologie

    Famille d'insectes de l'ordre des odonates, sous-ordre des zygoptères, celui des demoiselles: corps grêle, ailes repliées au-dessus du dos au repos, souvent larges et colorées. La larve est aquatique, l'adulte se tient près des berges boisées. Exemple: l'aile décrite d'Armissan en 1987 sous le nom de Sapho armissani appartient à cette famille; les représentants actuels du genre Sapho fréquentent les forêts humides d'Afrique intertropicale.

  • Charnière(n.f.)tectonique

    Bordure d'un demi-graben opposée à la faille principale, là où le compartiment basculé se raccorde au relief sans rejet notable. Le remplissage y est mince et les couches viennent buter sur la pente. Armissan occupe la charnière sud-orientale du bassin de Narbonne-Sigean, contre la Clape, et non son point bas.

  • Chattien(n.m.)stratigraphie

    Second et dernier étage de l'Oligocène, jusqu'à 23,04 millions d'années. Sa base est celle qui suit le Rupélien, définie depuis 2016 par le stratotype de Monte Cagnero, daté de 27,82 ou 27,41 Ma selon le calage astronomique Coccioni et al., 2018; la charte internationale retient 27,3 Ma ICS, 2024, et l'échelle de 2012 donnait 28,1 Ma. Le gisement d'Aix-en-Provence lui appartient. Les dalles d'Armissan, rapportées au niveau MP 23, sont plus anciennes et appartiennent au Rupélien; seul Butzmann les place à l'Oligocène supérieur: voir le chapitre sur la datation.

  • Chronostratigraphie(n.f.)stratigraphie

    Discipline qui découpe le temps géologique en unités hiérarchisées: ère, système, série, étage. Ses bornes sont fixées par une commission internationale et révisées périodiquement, ce qui explique qu'une même limite change de valeur d'une publication à l'autre: la fin du Rupélien vaut 28,1 Ma dans l'échelle de 2012, 27,82 ou 27,41 Ma selon le calage du stratotype Coccioni et al., 2018, 27,82 chez Tanrattana et al. Tanrattana et al., 2020, et 27,3 Ma sur la charte actuelle ICS, 2024.

  • Cinérite(n.f.)géologie

    Roche formée de cendres volcaniques fines. Saporta la définit comme des « cendres d'origine éruptive, remaniées, cimentées et stratifiées par les eaux » Saporta, 1878b. Comme la vase calcaire d'Armissan, ce sédiment fin conserve bien les feuilles. Dans le Cantal, la flore pliocène la plus riche en a été exhumée par B. Rames; Saporta en rend compte dans le chapitre de ses Périodes végétales de l'époque tertiaire consacré au Pliocène.

  • CLAMP(n.pr.)paléoclimatologie

    Acronyme de Climate Leaf Analysis Multivariate Program. Méthode qui code les caractères de forme des feuilles d'un site, vingt-neuf dans la version de 1993, trente-et-un dans la calibration employée pour Armissan, et compare ce codage à celui de centaines de végétations actuelles au climat connu. Le site fossile est placé dans cet espace, et onze variables climatiques en sont déduites. C'est la méthode employée pour Armissan sur 93 unités taxinomiques.

  • CMMT(sigle)paléoclimatologie

    Cold Month Mean Temperature, température moyenne du mois le plus froid. Variable décisive pour la végétation, car elle commande la survie des espèces sensibles au gel. À Armissan, 6,1 °C avec un écart-type de 4,1 °C, la valeur la moins bien contrainte du jeu.

  • Coévolution(n.f.)évolution

    Évolution conjointe de deux lignées qui exercent l'une sur l'autre une pression de sélection réciproque, chacune modifiant le milieu de l'autre. Une fleur et l'insecte qui la visite en fournissent l'exemple type: la corolle se transforme pour attirer, l'appareil buccal pour prélever. Saporta est le premier à proposer ce mécanisme pour rendre compte de la diversification des plantes à fleurs, dans une lettre à Darwin de 1877.

  • Continuité(n.f.)évolution

    Caractère d'une série de flores qui se succèdent sans intervalle, chacune ressemblant assez à la suivante pour qu'aucun vide ne s'ouvre entre elles. C'est un constat de terrain, obtenu en comparant des assemblages niveau par niveau, et il se distingue de la filiation, qui est une explication. Saporta écrit à Darwin en 1868 avoir surtout insisté sur la continuité des phénomènes de la vie, et que cette continuité conduit à admettre la filiation des espèces les unes par les autres.

  • Crétacé(n.m.)stratigraphie

    Dernier système de l'ère secondaire, de 143,1 à 66 millions d'années. Les calcaires qui forment le massif de la Clape appartiennent à son tiers inférieur, déposé sur une plate-forme marine peu profonde. Ce sont eux qui forment le horst bordant le lac d'Armissan, bien plus tardif.

  • Datation radiométrique(n.f.)géochronologie

    Mesure d'âge fondée sur la décroissance d'un isotope instable contenu dans un minéral, qui donne un chiffre assorti d'une incertitude. Elle exige que l'horloge démarre à un instant identifiable. Le potassium 40, qui se transforme en partie en argon, remplit cette condition dans les minéraux d'une éruption: refroidis brutalement, ils ne retiennent en principe aucun argon initial, et l'argon accumulé ensuite mesure le temps écoulé depuis l'éruption. Une cendre tombée dans un lac date le lit qui la contient. D'où l'exigence de roches appropriées, volcaniques le plus souvent. Aucune des sources consultées n'en signale pour Armissan: l'âge du gisement repose entièrement sur des comparaisons de faune.

  • Demi-graben(n.m.)tectonique

    Fossé d'effondrement dissymétrique, limité par une faille normale principale d'un seul côté. Le compartiment affaissé bascule vers cette faille: le remplissage est épais de ce côté, mince du côté opposé, où les couches viennent buter sur le relief. Cette bordure mince s'appelle la charnière. Le bassin de Narbonne-Sigean est décrit comme un demi-graben basculé vers le nord-ouest. Ses failles suivent une direction est-nord-est, si bien qu'une coupe utile se trace nord-ouest / sud-est. Armissan se trouve sur la charnière sud-orientale, contre la Clape, pas dans le creux.

  • Dépocentre(n.m.)sédimentologie

    Point d'un bassin où le remplissage sédimentaire atteint son épaisseur maximale, donc où l'affaissement a été le plus fort. Il ne coïncide pas forcément avec le centre géométrique du bassin. Exemple: dans le fossé de Narbonne-Sigean, il est placé au droit de Coursan, à une quinzaine de kilomètres d'Armissan, qui occupe la bordure opposée.

  • Descendance avec modification(n.f.)évolution

    Formule par laquelle Darwin désigne ce qu'on appellera l'évolution: les espèces actuelles descendent d'espèces antérieures dont elles diffèrent, et toute la diversité du vivant procède de ce processus. Elle ne dit rien du mécanisme. C'est à ce cadre que Saporta adhère, sans reprendre à son compte la sélection naturelle que Darwin propose pour l'expliquer.

  • Détritique(adj.)sédimentologie

    Se dit d'un dépôt formé de débris arrachés à des roches antérieures puis transportés: sables, graviers, argiles. Par opposition aux dépôts nés d'une précipitation chimique dans l'eau. Exemple: le remplissage des fossés languedociens restés à terre est essentiellement détritique, alors que les dalles d'Armissan sont un calcaire précipité.

  • Dicotylédones(n.f.pl.)botanique

    Plantes à fleurs dont la graine porte deux feuilles embryonnaires, ou cotylédons. Le groupe rassemble la plupart des arbres à feuilles larges, chênes, érables, lauriers, nénuphars. Il s'oppose aux Monocotylédones, palmiers, graminées, iris, à cotylédon unique. La classification moderne a redécoupé cet ensemble, mais le mot reste employé au XIXe siècle et dans la correspondance de Darwin et Saporta.

  • Discordance(n.f.)stratigraphie

    Surface séparant deux ensembles de couches qui ne se sont pas déposés à la suite l'un de l'autre. Elle enregistre un temps sans dépôt, une érosion, et souvent un basculement des couches inférieures. Des couches sont dites discordantes sur celles qu'elles recouvrent quand elles reposent ainsi sur une surface tronquée. Exemple: aux Bugadelles, à l'est d'Armissan, les dépôts marins à huîtres du Langhien reposent directement sur un Crétacé plissé par la compression pyrénéenne, une quarantaine de millions d'années manquant entre les deux.

  • Distension(n.f.)tectonique

    Régime tectonique où la croûte s'étire. Il produit des failles normales et des compartiments effondrés, à l'inverse de la compression qui produit plis et chevauchements. Dans le Narbonnais, la distension oligocène succède directement à la compression pyrénéenne de l'Éocène supérieur et réutilise en partie les mêmes cassures.

  • Eau saumâtre(n.f.)sédimentologie

    Eau de salinité intermédiaire entre l'eau douce et l'eau de mer, caractéristique des lagunes et des estuaires. Sa faune propre, dont le gastéropode Potamides, sert à la reconnaître dans les dépôts anciens. Le bassin de Narbonne-Sigean en connaît des épisodes dans sa partie méridionale, mais pas dans les dalles d'Armissan, qui sont lacustres.

  • Écart-type(n.m.)méthode

    Mesure de la dispersion d'une série de valeurs autour de sa moyenne. Une reconstitution climatique sans écart-type n'est pas interprétable: à Armissan, un mois le plus froid donné à 6,1 °C avec un écart-type de 4,1 °C couvre en réalité l'intervalle de 2 à 10 °C, ce qui ne permet pas de dire si les gelées étaient rares ou absentes.

  • Éocène(n.m.)stratigraphie

    Deuxième époque du Paléogène, de 56 à 33,9 millions d'années, marquée par des climats chauds et des flores à affinités tropicales en Europe. Son sommet porte la compression pyrénéenne qui structure le relief du Narbonnais, et sa limite avec l'Oligocène coïncide avec un refroidissement global majeur.

  • Évaporitique(adj.)sédimentologie

    Se dit d'un dépôt formé par précipitation des sels dissous, quand l'eau s'évapore plus vite qu'elle n'est renouvelée: gypse, anhydrite, sel gemme. Exemple: les marnes gypsifères de Portel, au sud du bassin, sont un dépôt évaporitique; elles marquent des épisodes où le plan d'eau se concentrait.

  • Faluns(n.m.pl.)stratigraphie

    Sables coquilliers marins de Touraine et d'Anjou, autrefois extraits pour amender les terres, d'où le nom local. Lyell les retient en 1833 comme dépôt de référence pour définir le Miocène. Parler de l'horizon des Faluns au XIXe siècle revient à nommer le Miocène marin, et c'est en ce sens que Saporta borne sa série vers le haut. Les faluns de Touraine se rattachent aujourd'hui au Miocène, pour l'essentiel moyen.

  • Filiation(n.f.)évolution

    Lien de descendance entre espèces, l'une procédant d'une autre par transformation. Le mot est celui qu'emploie Saporta pour désigner ce qu'il retient de Darwin, par opposition aux créations successives et indépendantes qu'admettait la science d'avant 1859.

  • Florenkomplex(n.m., all.)paléobotanique

    Ensemble de flores fossiles réunies par une composition semblable, qui sert de repère dans une succession. Le terme vient de la paléobotanique allemande, où il ordonne les flores tertiaires d'Europe par leur contenu plutôt que par un âge mesuré. Exemple: le Florenkomplex d'Armissan associe des éléments à feuilles caduques et des Lauraceae abondantes.

  • Foraminifères(n.m.pl.)paléontologie

    Organismes unicellulaires marins à coquille le plus souvent calcaire, de la taille d'un grain de sable. Les uns flottent près de la surface et sont dits planctoniques; les autres vivent sur le fond et sont dits benthiques. Leurs coquilles s'accumulent dans les sédiments océaniques. Elles servent à dater les couches, comme pour la base du Chattien, et à lire le climat passé: dans la coquille d'un foraminifère benthique, la part d'oxygène lourd augmente quand les eaux profondes se refroidissent et quand les glaces s'étendent.

  • Grande Coupure(n.f.)paléontologie

    Renouvellement brutal des faunes de mammifères d'Europe occidentale au début de l'Oligocène, vers 33,5 millions d'années, quand des groupes venus d'Asie remplacent une partie des formes endémiques. L'événement suit de peu la transition Éocène-oligocène et son extension de la calotte antarctique. Il marque la limite entre les niveaux MP 20 et MP 21 de l'échelle MP, MP 21 étant le premier niveau-repère de l'Oligocène. Cette échelle sert à dater Armissan par un rongeur.

  • Gypse(n.m.)sédimentologie

    Sulfate de calcium hydraté qui précipite lorsqu'une eau salée s'évapore fortement. Sa présence signale un milieu confiné en climat à forte évaporation. Dans le bassin de Narbonne-Sigean, il est surtout développé vers le sud, du côté de Portel. Un rapport du BRGM signale aussi des marnes ligniteuses et gypseuses sur la bordure nord-est, dans le secteur d'Armissan, de Fleury et de Nissan-Lespignan Eulry, 1987.

  • Holotype(n.m.)taxonomie

    Spécimen unique qui sert de référence à un nom d'espèce. C'est cette pièce, et aucune autre, qui en fixe l'application. Elle l'est de deux façons: soit l'auteur la désigne, soit il a décrit son espèce sur ce seul exemplaire, et le statut suit alors automatiquement, sans déclaration de sa part. La seconde voie est la plus fréquente chez les auteurs du XIXe siècle. Beaucoup de types de Saporta pour Armissan sont conservés au MNHN et portent un numéro de collection visible sur les clichés de ce carnet.

  • Horst(n.m.)tectonique

    Bloc relevé entre deux failles, entouré de compartiments plus bas. Le contraire d'un graben. Le massif de la Clape est un horst calcaire, isolé par les dépôts post-tectoniques qui l'entourent. C'est ce relief qui a formé la bordure orientale du lac d'Armissan.

  • Indice stomatique(n.m.)botanique

    Part des stomates, ces petites ouvertures par lesquelles la feuille absorbe le gaz carbonique et perd sa vapeur d'eau, parmi l'ensemble des cellules de son épiderme. Moins il y a de gaz carbonique dans l'air, plus une plante forme de stomates. Sur une feuille fossile dont l'épiderme est conservé, l'indice permet d'estimer la teneur ancienne de l'air en gaz carbonique, en la comparant à une espèce actuelle proche Montigny, 2026.

  • Inversion négative(n.f.)tectonique

    Rejeu en distension d'une structure née en compression. La faille qui avait servi à empiler des terrains les laisse redescendre, à contresens du mouvement initial. L'opération inverse, une faille normale reprise en chevauchement, s'appelle inversion positive. Le fossé de Narbonne-Sigean a servi de modèle pour décrire ce mécanisme dans les Corbières.

  • Jurassique(n.m.)stratigraphie

    Système de l'ère secondaire, de 201,4 à 143,1 millions d'années, qui précède le Crétacé. Avec le Crétacé, il fournit l'essentiel de la pile calcaire du massif de la Clape et de la nappe des Corbières orientales.

  • Laminite(n.f.)sédimentologie

    Roche faite de lits très fins, d'épaisseur millimétrique, superposés sans être mélangés. Leur conservation suppose un fond calme, sans courant ni animaux fouisseurs. Les dalles d'Armissan en sont un exemple. Elles se débitent en feuillets d'environ deux millimètres, que Saporta lisait comme des dépôts annuels.

  • Langhien(n.m.)stratigraphie

    Quatrième étage du Miocène, de 15,98 à 13,82 millions d'années. Sa base correspond au maximum de la transgression marine dans le Bas-Languedoc: la mer recouvre alors le Narbonnais, la Clape formant une île.

  • Lectotype(n.m.)taxonomie

    Spécimen choisi après coup, parmi une série de syntypes, pour porter seul le nom de l'espèce. La désignation est le fait d'un réviseur ultérieur, non de l'auteur d'origine, et elle doit être publiée. Elle fixe définitivement ce à quoi le nom renvoie. Exemple: en 2013, la pièce MNHN 11100 a été désignée lectotype d'Anoectomeria brongniartii, décrit par Saporta en 1865 sur quatre exemplaires.

  • Lignite(n.m.)sédimentologie

    Charbon de qualité médiocre, formé par accumulation de végétaux dans un milieu gorgé d'eau et pauvre en oxygène, où la matière organique n'est pas détruite. Sa présence sous les dalles d'Armissan, en couches de moins d'un mètre, atteste des marais et des conditions réductrices: c'est le même régime qui permet la conservation des feuilles.

  • Limbe(n.m.)botanique

    Partie élargie et aplatie d'une feuille, par opposition au pétiole qui la porte. Sa taille, la forme de son sommet et de sa base, l'état de sa marge sont les caractères mesurés par les méthodes climatiques. Un limbe entier est rare dans un gisement: à Armissan il est fréquent, ce qui rend le site exploitable.

  • MAP(sigle)paléoclimatologie

    Mean Annual Precipitation, précipitations annuelles moyennes, en millimètres. CLAMP ne la mesure pas directement: elle est calculée à partir des précipitations de saison de croissance et de celles des trois mois les plus secs. À Armissan, environ 1 450 mm, avec une incertitude de plusieurs centaines de millimètres.

  • Marne(n.f.)sédimentologie

    Roche intermédiaire entre le calcaire et l'argile, contenant à peu près autant de carbonate que de minéraux argileux. Elle témoigne d'un dépôt lent en eau calme, avec des apports terrigènes réguliers. Le remplissage du bassin de Narbonne-Sigean en comporte plusieurs centaines de mètres, et les dalles d'Armissan sont des calcaires marneux.

  • MAT(sigle)paléoclimatologie

    Mean Annual Temperature, température annuelle moyenne. La variable la plus citée des reconstitutions paléoclimatiques, et la plus robuste des sorties de CLAMP. À Armissan, 16,2 °C avec un écart-type de 2,5 °C, soit un intervalle qui va de 13,7 à 18,7 °C. Cette marge n'est pas une faiblesse du site: tout indicateur calibré sur le climat actuel bute sur un plancher, et les auteurs de la méthode concurrente jugent irréaliste de prétendre à mieux que 1 à 2 °C Utescher et al., 2014.

  • Mésozoïque(n.m. et adj.)stratigraphie

    Ère géologique qui s'étend de 251,9 à 66 millions d'années, entre le Paléozoïque et le Cénozoïque. Elle regroupe trois périodes: le Trias, le Jurassique et le Crétacé. On l'appelait autrefois ère secondaire. Les calcaires de la Clape datent du Jurassique et du Crétacé: ce sont des terrains mésozoïques ICS, 2024.

  • Méthode de coexistence(n.f.)paléoclimatologie

    Méthode d'estimation du climat d'une flore fossile par ses plus proches parents actuels. Pour chaque plante, on relève l'intervalle de températures et de pluies où vit aujourd'hui son parent; le climat retenu est la zone où tous ces intervalles se recouvrent, celle où toute la flore aurait pu vivre ensemble. Un genre dont l'intervalle tombe régulièrement à l'écart des autres, comme Sequoia en Europe paléogène, fausse le résultat.

  • Micromammifères(n.m.pl.)paléontologie

    Petits mammifères fossiles, rongeurs et insectivores surtout, dont les dents servent à dater les dépôts continentaux. Leur évolution rapide en fait de bons marqueurs, à condition que la comparaison porte sur des régions dont les faunes sont déjà corrélées. La datation d'Armissan et celle du remplissage du bassin reposent l'une et l'autre sur eux, mais elles ne portent pas sur le même objet: l'une date une assise de vingt-huit centimètres, l'autre un empilement lacustre de plusieurs centaines de mètres dont les niveaux vont de l'Oligocène au Miocène inférieur. Les âges obtenus ne sont pas comparables terme à terme.

  • Miocène(n.m.)stratigraphie

    Première époque du Néogène, de 23,04 à 5,33 millions d'années. Saporta y plaçait le gisement d'Armissan, attribution abandonnée depuis la révision du rongeur en 1971. C'est aussi l'époque du retour de la mer sur le Narbonnais.

  • Molasse(n.f.)sédimentologie

    Grès tendre, souvent riche en débris coquilliers, déposé en mer peu profonde ou en bordure de bassin. Les molasses à Pecten des Bugadelles, à l'est d'Armissan, datent du retour de la mer au Miocène.

  • Morphotype(n.m.)méthode

    Forme de feuille distincte, reconnue et codée sans qu'il soit nécessaire de nommer l'espèce. Les feuilles d'un même morphotype partagent la marge, la taille et la forme du sommet et de la base. Dans le comptage de CLAMP, chaque morphotype tient lieu d'espèce. La correspondance n'est pas toujours exacte. Une espèce aux feuilles variables peut fournir deux morphotypes; deux espèces proches peuvent n'en faire qu'un. Armissan en livre quatre-vingt-treize.

  • MP (échelle)(n.pr.)paléontologie

    Sigle de Mammal Paleogene. échelle de corrélation des dépôts continentaux du Paléogène européen, fondée sur les associations de mammifères et surtout sur leurs dents. Elle compte trente niveaux-repères, MP 1 à MP 30, chacun défini par une localité de référence: une couche n'est pas datée directement, elle est rattachée au niveau dont la faune ressemble le plus à la sienne. Ce sont des points de corrélation et non des biozones au sens strict, qui supposeraient des limites définies. Les âges en millions d'années attribués aux niveaux sont estimés d'après l'évolution de la taille des dents dans les lignées de mammifères. Le passage de MP 20 à MP 21 correspond à la Grande Coupure. À Armissan, trois niveaux jalonnent la série: MP 22 ou 23 pour le rongeur, MP 25 pour l'anthracothère, MP 30 pour le calcaire sommital. Le Néogène a son équivalent, l'échelle MN.

  • Nappe des Corbières(n.f.)tectonique

    Grande dalle de terrains jurassiques et crétacés, décollée sur les évaporites du Keuper et charriée vers l'ouest-nord-ouest sur une vingtaine de kilomètres à l'Éocène supérieur. C'est l'élément tectonique majeur au sud de l'Aude. Les terrains sont décollés de Périllos jusqu'à la Clape, et les structures du massif y forment un duplex, c'est-à-dire un empilement d'écailles charriées les unes sur les autres.

  • Nomenclature(n.f.)taxonomie

    Ensemble des règles qui régissent l'attribution des noms scientifiques aux organismes: formation des binômes, priorité de la première publication valide, désignation d'un spécimen de référence. En paléobotanique, la nomenclature se complique du fait qu'un même végétal peut recevoir des noms différents selon l'organe conservé, feuille, fruit ou bois.

  • Notice sur les travaux scientifiques(n.f.)méthode

    Mémoire par lequel un savant expose lui-même l'ensemble de son œuvre, à l'appui d'une candidature à une académie, à une chaire ou à un prix. L'usage était courant en France au XIXe siècle. Le genre a une conséquence de lecture: son auteur y présente son parcours comme un dessein suivi, et il tend à donner pour programme initial ce qui fut parfois une orientation prise en chemin. La notice de Saporta, en 1875, appartient à ce type.

  • Oligocène(n.m.)stratigraphie

    Troisième et dernière époque du Paléogène, de 33,9 à 23,04 millions d'années. Elle s'ouvre sur un refroidissement global et voit se mettre en place les grandes calottes antarctiques. En Languedoc, c'est le moment où la distension crée les fossés continentaux dont le bassin de Narbonne-Sigean fait partie. Le gisement d'Armissan appartient à cette époque, sans que sa position à l'intérieur soit fixée.

  • Paenanthracotherium(n.m.)paléontologie

    Genre d'anthracothères, mammifères ongulés à doigts pairs apparentés aux hippopotames, disparus d'Europe à la fin de l'Oligocène. Il a été créé en démembrant l'ancien genre Anthracotherium, et l'espèce hippoideum, décrite par Rütimeyer au XIXe siècle, y a été transférée. On le connaît en France, en Allemagne, en Suisse, en Roumanie et au Pakistan. À Armissan, une mâchoire inférieure a été trouvée en 1876 dans une couche argilo-calcaire de la colline nord-ouest, au-dessus des dalles, à au moins vingt mètres d'après Viguier, qui précise toutefois que la pièce n'avait pas été trouvée en place; Noulet la décrit en 1878, sur l'avis de Rütimeyer. L'espèce est rapportée au Chattien ancien, MP 25.

  • Palaeotherium(n.m.)paléontologie

    Genre de mammifère herbivore décrit par Cuvier en 1804 sur des ossements tirés du gypse de Montmartre. Périssodactyle éteint, sans descendance actuelle. Son nom sert au XIXe siècle de repère chronologique: l'âge des Palæotherium désigne les couches à gypse du Bassin parisien, rapportées aujourd'hui à l'Éocène supérieur. Saporta y place la base de la série qu'il étudie. La graphie à ligature, Palæotherium, est celle des textes du siècle.

  • Paléobotanique(n.f.)botanique

    étude des végétaux fossiles: feuilles, bois, fruits, graines, pollens et spores. Elle sert à retracer l'histoire évolutive des plantes et à reconstituer les milieux anciens. Armissan a joué un rôle dans les deux registres: comme flore de référence pour l'Oligocène européen, et comme argument dans l'adhésion de Saporta à l'évolutionnisme.

  • Paléoclimatologie(n.f.)paléoclimatologie

    étude des climats du passé et de leur évolution. Elle procède par indicateurs indirects: assemblages de pollens, forme des feuilles, et géochimie isotopique. Ce dernier terme couvre en domaine continental au moins quatre supports distincts: le rapport des isotopes de l'oxygène dans le phosphate des dents de mammifères, le même rapport dans les carbonates formés au sein des sols anciens, les isotopes agrégés de ces mêmes carbonates, et ceux des coquilles de gastéropodes d'eau douce. Les deux premières donnent la composition isotopique de l'eau, dans laquelle la température se mêle à l'origine de l'humidité et à l'évaporation; les deux autres donnent une température, mais celle du moment et du lieu où le carbonate a cristallisé, non une moyenne annuelle. Chaque indicateur a son domaine de validité et sa marge d'erreur, et deux d'entre eux ne se juxtaposent qu'après vérification qu'ils mesurent la même grandeur.

  • Paléogène(n.m.)stratigraphie

    Première période de l'ère tertiaire, de 66 à 23,04 millions d'années, divisée en Paléocène, Éocène et Oligocène.

  • Palynologie(n.f.)méthode

    Étude des pollens et des spores, fossiles ou actuels. Leur enveloppe résiste à la décomposition et se conserve dans les sédiments fins. Les grains étant transportés par le vent, ils viennent de plus loin que les feuilles et donnent une image plus large de la végétation. Exemple: à Aix, six groupes de végétation ont été distingués par la palynologie, là où les macrofossiles d'Armissan ne livrent guère que la ceinture riveraine.

  • Pangenèse(n.f.)évolution

    Hypothèse de Darwin sur l'hérédité, publiée en 1868 dans De la variation des animaux et des plantes. Chaque cellule émettrait des « gemmules » qui circulent dans l'organisme, se rassemblent dans les éléments reproducteurs et transmettent les caractères, y compris ceux acquis au cours de la vie. Darwin la présentait comme provisoire. Saporta la jugeait ingénieuse mais peu éclairante. Elle a été abandonnée à la fin du XIXe siècle.

  • Paratéthys(n.f.)paléoclimatologie

    Mer intérieure peu profonde qui s'étendait au nord de la chaîne alpine, de la Bavière jusqu'à l'Asie centrale. Elle se sépare de la Téthys, l'océan qui occupait l'emplacement de la Méditerranée actuelle, vers la fin de l'Éocène, quand la surrection des Alpes isole les deux domaines. Une étendue d'eau de cette taille adoucissait le climat de l'intérieur de l'Eurasie; son retrait progressif vers l'est laisse les régions continentales plus sèches et plus contrastées. Exemple: la mer Noire, la Caspienne et la mer d'Aral en sont les restes. Armissan, lui, se trouvait du côté de la Téthys.

  • Parenchyme(n.m.)botanique

    Tissu fondamental d'une plante, fait de cellules à paroi mince et cellulosique, non renforcée de lignine. Il forme la chair des feuilles, des fruits et de la moelle des tiges. Exemple: à Armissan, c'est dans les parois du parenchyme foliaire que la pyrite s'est formée, alors que les parois lignifiées du bois lui ont résisté.

  • Pendage(n.m.)géologie

    Angle que fait une couche, ou le plan d'une faille, avec l'horizontale. Il va de 0°, pour une couche restée à plat, à 90°, pour une couche ou une faille verticale; proche de la verticale, on la dit subverticale. Le pendage se donne avec le sens dans lequel la couche plonge. À Armissan, les couches plongent de quinze à vingt degrés vers le nord-ouest et l'ouest.

  • Physionomie foliaire(n.f.)paléoclimatologie

    Ensemble des caractères de forme d'une feuille, indépendamment de l'espèce à laquelle elle appartient: taille du limbe, état de la marge, forme de l'apex et de la base, rapport longueur sur largeur. C'est sur ces caractères, et non sur la détermination des espèces, que reposent les méthodes climatiques comme CLAMP. Un gisement mal déterminé reste exploitable.

  • Poudingue(n.m.)sédimentologie

    Roche formée de galets arrondis pris dans un ciment. Elle indique un transport énergique, torrent ou cône de déjection. Saporta signale des poudingues au sommet de la série d'Armissan: le lac s'est comblé, et les matériaux grossiers des reliefs voisins ont fini par atteindre son emplacement.

  • Plante actuelle de comparaison(n.f.)méthode

    Espèce vivante mise en regard d'une espèce fossile pour en tirer un repère écologique (aire, climat, milieu). Elle ne descend pas de l'espèce fossile. Le séquoia de Californie, par exemple, sert de comparaison à celui d'Armissan. Les méthodes climatiques qui en partent parlent de plus proche parent vivant.

  • Priabonien(n.m.)stratigraphie

    Dernier étage de l'Éocène, de 37,7 à 33,9 millions d'années, immédiatement antérieur à la transition Éocène-Oligocène et donc au Rupélien. Exemple: le gisement de Célas, dans le Gard, auquel Armissan est comparé, est rapporté au Priabonien; il documente ainsi l'état de la végétation avant le refroidissement.

  • Prodrome(n.m.)méthode

    Ouvrage qui expose par avance le plan et les résultats provisoires d'un travail plus vaste, non encore achevé. Le mot est courant dans les sciences naturelles du XIXe siècle: il permet de fixer une nomenclature et de prendre date sans attendre la publication définitive. Le Prodrome d'une histoire des végétaux fossiles de Brongniart, paru en 1828, annonce ainsi son Histoire des végétaux fossiles, dont les livraisons s'échelonnent à partir de 1828 et qui restera inachevée Brongniart, 1828-1837. Les plantes d'Armissan sont publiées la même année, dans un mémoire distinct.

  • Pseudosciuridés(n.m.pl.)paléontologie

    Famille de rongeurs fossiles propres au Paléogène européen, connus surtout par leurs dents. Elle comprend les genres Pseudosciurus et Suevosciurus. L'appartenance du rongeur d'Armissan à cette famille suffit à exclure le Miocène; le choix du genre, lui, commande la position dans l'Oligocène, et les sources ne s'accordent pas.

  • Pyritisation végétale(n.f.)taphonomie

    Remplacement des tissus d'une plante par de la pyrite, sulfure de fer qui se forme dans un sédiment privé d'oxygène où des bactéries réduisent les sulfates. Le minéral occupe les parois cellulosiques et épargne les parois lignifiées. Exemple: reproduite en laboratoire, elle s'accomplit en quatre-vingts jours, ce qui donne une limite haute au temps d'enfouissement des feuilles d'Armissan.

  • Rifting(n.m.)tectonique

    Processus d'étirement de la croûte continentale qui aboutit, s'il se poursuit, à sa rupture et à la formation d'un océan. Il se traduit en surface par des fossés d'effondrement. L'ouverture de la Méditerranée occidentale en fournit l'exemple régional, dont le bassin de Narbonne-Sigean est une manifestation continentale.

  • Roll-over(n.m.)tectonique

    Pli en forme de voûte qui se forme dans le compartiment affaissé d'une faille normale dont la surface s'incurve en profondeur. Le bloc qui glisse ne peut pas suivre une surface courbe sans se déformer, et ses couches se courbent en réponse. Exemple: la sismique lue par Gorini et ses coauteurs donne au fossé de Narbonne-Sigean un vaste roll-over en bordure de la Clape. Ce modèle extensif ne fait pas l'unanimité pour les déformations les plus récentes.

  • Rupélien(n.m.)stratigraphie

    Premier étage de l'Oligocène, donc Oligocène inférieur. Sa base est fixée à 33,9 millions d'années. Son sommet est défini depuis 2016 par un point stratotypique mondial, à Monte Cagnero en Italie, sur la disparition commune du foraminifère Chiloguembelina cubensis. Ce niveau physique ne bouge plus, mais son âge numérique dépend du calage astronomique retenu: la publication du stratotype donne 27,82 ou 27,41 Ma Coccioni et al., 2018, la charte internationale actuelle 27,3 ICS, 2024, valeur retenue dans ce carnet, et une part de la littérature continue d'employer 28,1, valeur de l'échelle de 2012. Tanrattana et ses coauteurs retiennent 27,82 Tanrattana et al., 2020.

  • Saltationnisme(n.m.)évolution

    Conception selon laquelle l'évolution procède par sauts brusques plutôt que par variations insensibles accumulées. Le géologue suisse Oswald Heer la défendait, contre Darwin qui tenait au principe natura non facit saltum, la nature ne fait pas de saut. Les flores tertiaires de Saporta, où les espèces changent par degrés, ont servi à Darwin d'argument contre cette position.

  • Score de complétude(n.m.)méthode

    Indice qui mesure la part des caractères de forme effectivement lisibles sur les feuilles d'un assemblage fossile, rapportée à ce qu'un relevé de végétation actuelle fournirait. Il vaut 1 quand rien ne manque, 0,714 quand un caractère entier fait défaut sur tous les morphotypes, 0,429 quand il en manque deux. En dessous de 0,6, les estimations climatiques sont tenues pour peu fiables. Armissan atteint 0,91, Célas 0,55.

  • Stampien(n.m.)stratigraphie

    Ancien étage de la stratigraphie française, défini sur le bassin de Paris, recouvrant approximativement le Rupélien. Son extension n'a jamais été stable dans l'usage, ce qui limite la portée de la mention « Stampien ? » que la notice géologique retient pour Armissan.

  • Subsidence(n.f.)tectonique

    Affaissement progressif du fond d'un bassin sédimentaire, qui lui permet d'accumuler des épaisseurs de dépôts bien supérieures à sa profondeur d'eau. Un lac de quelques mètres peut ainsi laisser plusieurs centaines de mètres de sédiments, si le fond descend au rythme du remplissage. C'est la condition qui rend possible une série comme celle de Narbonne-Sigean.

  • Suevosciurus(n.m.)paléontologie

    Genre de rongeurs fossiles de la famille des Pseudosciuridés, sous-famille des Sciuroidinae, décrit par Dehm en 1937; la révision des rongeurs théridomorphes y compte sept espèces. C'est à l'espèce Suevosciurus ehingensis que Schmidt-Kittler rattache en 1971 le squelette d'Armissan. L'espèce ne caractérise pas un seul niveau: on la connaît de MP 19 à MP 25 dans le Jura souabe (sud-ouest de l'Allemagne), et en Turquie sous une forme de grande taille rapportée à MP 25. La révision des rongeurs théridomorphes rapporte Armissan, comme Itardies, à MP 23.

  • Spécimen type(n.m.)taxonomie

    Pièce de collection à laquelle un nom d'espèce est attaché, et qui sert d'arbitre si l'application de ce nom vient à être discutée. Le terme est générique: l'holotype, les syntypes et le lectotype en sont des variétés, selon que le nom repose sur une pièce unique, sur une série, ou sur une pièce choisie plus tard dans cette série. Les bases de collection portent parfois la mention type seule, quand le dossier n'a pas été repris et que la variété reste à établir.

  • Surface d'abrasion(n.f.)sédimentologie

    Surface à peu près plane, taillée par les vagues dans les roches d'un rivage à mesure que la mer avance. Les dépôts marins qui la recouvrent ensuite reposent directement sur des roches plus anciennes, et le contact marque une lacune de temps. Dans le Narbonnais, la mer burdigalienne rabote ainsi le socle calcaire et les dépôts antérieurs avant d'y déposer ses molasses.

  • Syn-rift(adj.)tectonique

    Se dit des dépôts accumulés pendant l'ouverture d'un rift, quand les failles jouent encore et que le fond du bassin s'enfonce. Les dépôts venus ensuite, dits post-rift, recouvrent les failles sans être décalés par elles. Exemple: au cœur du fossé de Narbonne-Sigean, les dépôts syn-rift sont recouverts par des sédiments miocènes et plio-quaternaires de la série post-rift, qui scellent les structures d'extension Fleury et al., 2020.

  • Syntype(n.m.)taxonomie

    Chacun des spécimens d'une série ayant servi ensemble à établir une espèce, lorsque l'auteur n'en a désigné aucun comme holotype. Situation fréquente dans les publications du XIXe siècle, y compris chez Saporta, et source de révisions ultérieures.

  • Taphonomie(n.f.)paléontologie

    étude de tout ce qui arrive à un organisme entre sa mort et sa découverte: transport, décomposition, enfouissement, compaction, altération. Elle explique pourquoi un assemblage fossile n'est jamais l'image fidèle d'une communauté vivante. À Armissan, elle rend compte de la surreprésentation des plantes de rive et de la rareté des conifères de pente.

  • Taxinomie(n.f.)taxonomie

    Science du classement des êtres vivants en groupes emboîtés. Elle définit les rangs, espèce, genre, famille, et les critères qui permettent d'y ranger un organisme. Pour Saporta, dont l'espèce n'est pas une entité fixe, les coupures taxinomiques sont commodes plutôt que naturelles: elles tranchent dans un continuum.

  • Taxon(n.m.)taxonomie

    Unité quelconque de la classification: famille, genre, espèce. Le mot permet de parler d'un groupe sans préjuger de son rang. En paléobotanique, on parle aussi d'unité taxinomique opérationnelle, ou morphotype.

  • Téthys(n.f.)paléogéographie

    Océan qui séparait l'Europe de l'Afrique avant la formation de la Méditerranée actuelle, dont elle est le reste rétréci. Sa fermeture progressive accompagne la surrection des Alpes et des Pyrénées. Exemple: à l'Oligocène, Armissan se trouve sur sa bordure nord, à proximité d'un rivage que les bassins d'Europe centrale ne connaissent pas. La Paratéthys en est séparée au nord de la chaîne alpine.

  • Tongrien(n.m.)stratigraphie

    Ancien étage défini par Dumont en Belgique, d'après Tongres, dans le Limbourg, pour l'Oligocène inférieur. Son contenu a varié selon les auteurs, jusqu'à déborder sur l'Éocène, et il a été abandonné. Il n'a jamais porté d'âge chiffré. Viguier y rattache Armissan en 1891; Saporta, en 1877, place déjà le gisement dans le « tongrien récent ».

  • Traits fonctionnels(n.m.pl.)botanique

    Caractères mesurables d'une plante qui influent sur sa croissance, sa reproduction ou sa survie: taille du limbe, densité des nervures, masse foliaire par unité de surface, indice stomatique. Ce sont eux qui font le lien entre la forme et le milieu. Tous ne sont pas également fiables sur du matériel fossile, et le choix des traits retenus est en soi une décision méthodologique.

  • Transformisme(n.m.)évolution

    Nom donné en France, au XIXe siècle, à l'ensemble des doctrines admettant que les espèces se transforment. Le mot précède Darwin, puisqu'il s'applique d'abord à Lamarck, et il reste employé longtemps après lui. Saporta intitule son article de 1869 L'école transformiste et ses derniers travaux, ce qui situe son propos dans cette tradition française plutôt que dans le seul sillage anglais.

  • Transgression(n.f.)stratigraphie

    Avancée de la mer sur un domaine auparavant émergé. Elle laisse des dépôts marins reposant sur des terrains continentaux. Le Narbonnais en connaît une au Burdigalien supérieur, bien après le lac d'Armissan: la mer recouvre alors la région, la Clape restant émergée.

  • Transition Éocène-Oligocène(n.f.)paléoclimatologie

    Refroidissement global situé vers 34 millions d'années, marqué par l'installation durable des glaces antarctiques et par un renouvellement des faunes européennes. Armissan est plus récent. La comparaison avec le gisement de Célas, plus ancien, montre que l'effet principal en Europe occidentale porte sur les hivers plutôt que sur la moyenne annuelle.

  • Tréfonds(n.m.)carrières

    Le sous-sol d'un terrain, distingué de sa surface, la superficie. En droit français, la propriété du sol emporte celle du dessous (Code civil, art. 552), mais les deux peuvent être vendues séparément. À Armissan, les exploitants achètent en 1858 et 1862 le tréfonds des parcelles 450, 482 et 483, où passe le banc de dalles, tandis qu'un tiers garde la superficie; c'est cette séparation qui fonde le litige jugé à Montpellier en 1882.

  • Trias(n.m.)stratigraphie

    Première période du Mésozoïque, de 251,9 à 201,4 millions d'années Cohen et al., 2024. Son sommet, le Keuper, a laissé dans les Corbières des marnes à gypse et du sel. Ces couches se déforment sans casser: la couverture plus récente s'y est détachée du socle paléozoïque et a pu glisser dessus. La nappe des Corbières orientales repose ainsi sur une semelle de Trias salifère Parizot et al., 2023.

  • Wenzia(n.f.)paléontologie

    Genre d'escargots terrestres fossiles de la famille des Hélicidés. Wenzia ramondi, longtemps nommé Helix ramondi, caractérise le Chattien: sa petite forme, dite minor, se rencontre au Chattien ancien et récent, et les grands individus n'apparaissent qu'au Chattien terminal. C'est un animal de terre ferme, dont les coquilles abondent pourtant dans des calcaires de lac. À La Salle, dans le Quercy, un calcaire à Wenzia ramondi a été daté de MP 30 par ses rongeurs.

  • WMMT(sigle)paléoclimatologie

    Warm Month Mean Temperature, température moyenne du mois le plus chaud. Avec le CMMT, elle mesure l'amplitude saisonnière. À Armissan, 26,0 °C avec un écart-type de 3,0 °C: des étés comparables aux actuels, alors que les hivers sont plus doux.

Références bibliographiques Sources primaires, travaux cités et lectures de fond